Une fois que ce blog aura rempli son office, il s’autodétruira ! Parce que malgré tout ce que l’on veut bien dire de la dématérialisation de l’économie, l’informatique et l’électronique ont un impact de plus en plus grand sur l’environnement.
Un impact tellement
multiforme d’ailleurs, que j’avouerai que je ne sais pas très bien par où
commencer la publication de cette semaine. Mais soit, quitte à vous présenter
le tiercé dans le désordre, je me lance !
Pas de
numérisation de notre vie quotidienne sans matériel, sans hardware. De ce point de vue, je pense pouvoir plaider non coupable
ou presque, puisque j’ai toujours vaillamment résisté aux phénomènes de mode et
à l’obsolescence programmée. Merci maman, merci papa, pour le bon exemple qui m’a
été donné depuis ma tendre enfance ! Je suis donc le genre d’ovni capable
de se rappeler chacun de ses ordinateurs et de ses téléphones portables, tout
simplement parce qu’il en a eu très peu dans sa petite vie de (quasi)
technophobe. Les derniers achats remontent à un an et demi, après 7 ans de bons
et loyaux services du MacBook (encore utilisé par Anya) et de l’iPhone 3GS (qui
me sert encore de téléphone d’appoint en Russie, et accessoirement de marteau,
voire de massue !). Bien sûr, pour remplacer ce matériel en fin de vie, ce
n’est pas vers le dernier cri que je me suis tourné. Mon MacBook Pro actuel est
un modèle d’entrée de gamme, et l’iPhone 5S a été acheté d’occasion. Pourquoi Apple,
venant de moi qui suis si altermondialiste ? Tout simplement pour la
résistance mécanique des appareils, qui est pour beaucoup dans leur longévité. Mais
la prochaine fois, j’essaye de faire mieux encore que le marché de l’occasion,
en achetant un Fairphone, le
téléphone équitable. Pour le reste, pas de tablette : j’ai revendu ma
première et dernière tellement je l’utilisais peu. La télé est une récup qui a
une dizaine d’année… et si elle lâchait, je ne suis pas sûr de donner de l’argent
pour en avoir une autre.
En quoi cette
sobriété matérielle est-elle importante ? Parce que la production de ce
matériel pollue énormément, à différents niveaux. Tout d’abord, la fabrication,
le transport et l’assemblage des composantes qui forment un ordinateur ou un
téléphone portable représentent des
centaines de kilos de CO2. Ensuite, entrent dans les composantes des métaux rares aux noms plus
exotiques les uns que les autres, ainsi que du coltan. Ces matières, on les extrait
dans des régions du monde où les législations sociale et environnementale sont
assez laxistes. Comprenez par là qu’on abat des forêts entières pour faire trimer
des ouvriers ou des enfants à genoux dans des mines à ciel ouvert ou des puits
de fortune, et que le résultat de leur labeur est purifié in situ à grands
coups de produits chimiques et d’hectolitres d’eau. Si ça vous intéresse et que
vous avez un peu de temps, je vous renvoie à ce reportage de Cash Investigation,
qui a quelques années déjà mais reste d’actualité. Cerises sur le gâteau :
une bonne part de ces métaux ne sont disponibles qu’en quantité limitée, et l’effet
de dispersion (de très petites quantités dans chaque appareil) fait que l’on n’en
recycle que 10% tout au plus. Petite parenthèse encore : une partie des
métaux dont il est question ici entre aussi dans la fabrication des éoliennes
et panneaux solaires. Autant dire que toute l’énergie « verte » ne l’est
pas tant que ça, et que par des contraintes matérielles, elle n’est pas inépuisable
non plus. A ce sujet, je conseille l’interview
de Philippe Bihouix, spécialiste français de la question, mais une fois de
plus, il faut avoir un peu de temps…
Bref, par souci
social autant qu’écologique, autant ne pas succomber à la tentation du dernier
modèle de tel ou tel fabricant. Et aussi, tant que faire se peut, recyclons nos
appareils en fin de vie. Par exemple, j’ai récemment donné à mon ami Jéré deux
vieux ordis et quelques kilos de câbles et de périphériques pour son repair café.
Voilà pour l’aspect
matériel. Mais ensuite, il y a l’impact à l’usage. Et ce n’est pas beaucoup
mieux de ce côté… Car malgré tout ce qu’on veut bien dire du cloud, toutes les données informatiques
que ne consultons à distance ne sont bien évidemment pas stockées dans les
nuages sous forme éthérée, mais bel et bien dans des data centers présents partout sur la planète. Là encore, matériel à
gogo, remises à jours perpétuelles du niveau de performance technique, mais aussi
grande consommation en électricité pour alimenter et refroidir tout ça.
Alors que faire ?
Tout d’abord, faire
fréquemment le nettoyage de sa boîte électronique. Tous ces mails qui traînent
par dizaines de milliers sur des disques durs aux quatre coins du monde, c’est
comme des moteurs de camions qui tournent au ralenti pour ne jamais prendre la
route. Quand on n’a jamais fait le ménage (comme moi !), on peut procéder
par catégories. Non, je n’avais probablement plus besoin de garder tout le
courrier électronique de mes vies professionnelles antérieures. J’ai donc
récemment effacé l’immense majorité de ce qui concernait l’université de Brno,
l’université de Prague, Infospectrum, Moto et Loisirs. Une autre possibilité
consiste à procéder par recherche en alliant années et présence d’une pièce jointe.
N’oubliez pas non plus de vous désabonner des infolettres publicitaires… qui de
toute façon vous importunent plus qu’autre chose. Oui tout cela est c’est fastidieux,
mais rien n’empêche de faire ce genre de boulot par épisode d’une demi-heure,
en sirotant une tasse de thé ou une bière et avec un fond sonore agréable.
Fond sonore en
streaming ou non, d’ailleurs ? C’est un autre aspect du problème. Les
fichiers vidéo et audio en streaming sont tellement énergivores à consulter
(à cause du buffering permanent) qu’il vaut sans doute encore mieux acheter bêtement
un CD ou un DVD et le prêter à beaucoup d’amis, ou faire des téléchargements
sur une clé USB. Une certaine rematérialisation permettrait sans doute au passage
de supprimer les vidéos les plus abêtissantes qui circulent sur Internet. A l’époque
où on se prêtait des supports, on visionnait tout de même moins de « chatons
super mignons » de « compils de face plant » et de « best
of d’idiots au travail »…
Les recherches sur
internet finissent par coûter cher en énergie aussi. Et elles rapportent aux
agences de pub qui vous polluent la vision d’annonces indésirables. Ici, la
solution, c’est le moteur de recherche Ecosia…
dont je ne connais pas encore grand-chose, puisque je viens à peine de l’installer !
Toujours est-il que ce moteur de recherche consacre une bonne part de l’argent
qu’il perçoit via les annonceurs à financer des campagnes de reforestation. Le
seul hic est qu’Ecosia s’appuie pour son fonctionnement sur Bing, le moteur de
recherche de Microsoft, qui reste moins performant que Google. Il faut donc « nourrir
la bête » de vos recherches pour que les résultats s’affinent au fur et à
mesure, et aussi malgré tout garder Google sous la main, pour les recherches
pointues. Prochainement, sans doute, un essai grandeur nature, puisque tous les
ordinateurs de notre école de traduction devraient être équipés d’Ecosia.
La liste est déjà
longue, et pourtant ce n’est pas terminé… Le monde numérique a aussi depuis une
bonne décennie une fâcheuse tendance à la centralisation et à la standardisation.
Comment échapper aux géants que sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) ?
Petit à petit, des poches de résistance se créent, comme avec la création de ce
site de vente en ligne, Lalibrairie.com,
qui entend grappiller des parts de marché à Amazon sur le marché francophone.
Bon… il est temps
de s’arrêter là, j’en ai déjà la tête qui tourne. Mais sans doute que ce n’est
pas juste un effet psychosomatique, car comme nous le verrons aussi la semaine
prochaine, l’électronique… gravement la santé !
PS : Si tout
ça vous intéresse et si vous cherchez des trucs et astuces, allez voir la série
Green Web du Professeur Feuillage. Le premier épisode ici.
Je suis en train de vider ma boîte mail et, en effet, c'est un chouette parcours de ma vie antérieure...du coup, c'est même un peu triste de supprimer tes premiers mails ;-)
RépondreSupprimerTout en le faisant j'ai encore une fois pensé que c'était une bonne initiative de Rostelecom et d'autres fournisseurs assurant des services publiques chez moi, de ne plus envoyer leurs factures par la poste, donc sauver pas mal d'arbres et de leur argent pour le papier et l'encre :-). En plus, il s'avère que j'ai bien fait de les sauvgarder dans un fichier spécial sur l'ordinateur et de ne pas les garder dans le mail.
À propos des mails encore, pour se contrôler, si c'est trop important pour certains, n'oubliez pas que votre FAI vous propose le plus souvent une ou plusieurs boîtes mail avec votre abonnement internet. Au contraire de hotmail, yahoo et gmail etc, la taille des messages et des pièces jointes ainsi que la capacité de la boîte sont limitées (l'exemple dont je peux, au moins, être certaine - edpnet : https://www.edpnet.be/fr/support/installer-et-utiliser/e-mail/est-ce-quil-y-a-des-limites-de-courrier.html)
Chaîne YouTube qui parle du GreenWeb est chouette (et paradoxale en même temps), j'ai plus aimé l'épisode 2 ou' on parle à la fin des mesures très concrètes dont chacun est capable).
Quant à apple, la meilleure décision est d'en donner à sa copine, bien évidemment :-D mais voici leur rapport écologique si ça t'intéresse (je n'ai pas encore lu moi-même mais je suis allée le chercher car j'avais entendu parler qu'ils utilisent l'énergie renouvelable etc) : https://www.apple.com/environment/pdf/Apple_Environmental_Responsibility_Report_2018.pdf
Voilà pardon pour mon français imparfait !
Аня
Merci, mon amoureuse, pour ce commentaire dans ton français pas si imparfait ;-)
SupprimerTu n'es sûrement pas obligée de supprimer nos mails, ceux-là sont légers comme nos deux coeurs réunis (instant fleur bleue...)
J'ai du réfléchir 3 secondes pour savoir ce qu'était un FAI, mais j'ai trouvé, donc je pense que tout le monde comprendra !
Je vais jeter un oeil sur le rapport d'Apple, mais avec une grande entreprise comme ça, attention au greenwashing...
Bisou !
Merciii Nico !
RépondreSupprimerJe remets ici le lien vers l'émission de France Culture concernant la pollution numérique : https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/consommation-numerique-la-pompe-a-co20?fbclid=IwAR03CKZ_kUMSvOLGMMPdpB0DD1CD1PfUoeChXy4MQIVvez0Nh41n86rs8wU
Merciiii à toi aussi !
RépondreSupprimerL'émission est en effet fort intéressante, mais j'avais oublié de la replacer dans mes multiples liens de la semaine. Sympa de l'ajouter, donc !
Ha ha ! Il n'y a pas que la boite mail dans laquelle il faut remettre de l'ordre ! Quitter une zone urbaine, même un peu campagnarde pour le fond des bois fait prendre conscience de beaucoup de comportements inconscients justement, liés à l'abondance !
RépondreSupprimerPoint de box au fond des bois. Je ne parle même pas de la fibre... Donc que faire ? Je suis un peu geek, accro à certains réseaux sociaux qui permettent des liens avec plein de gens dont je n'entendrais jamais parler sinon. Toi pour commencer cher Nicolas, quelques vieilles copines (pas toutes, il y a au moins une réfractaire !) ou des cousins américains retrouvés par internet suite à des recherches généalogiques... Bref, connexion indispensable, en plus je joue au Scrabble en ligne.
Nous avons donc eu recours à la parabole (Nordnet). Ça ne marche pas mal, pas très rapide aux heures de pointe et le reste du temps non plus d'ailleurs mais bon, ça le fait. Seul bémol : limité à 15 gigas.
Le premier mois, panique à bord, en 4 jours nous avions consommé plus du tiers de nos gigas ! Et c'est là que je veux en venir.
J'ai méthodiquement désossé tous les paramètres de mes appareils, ordi, téléphone et tablette, pour les empêcher de faire des trucs dans mon dos, genre téléchargements, mises à jour et ouverture automatique des videos ou notifications. Je n'ai pas été déçue du voyage... Il y en avait !
Autre bonne habitude à prendre, se déconnecter ce que je ne faisais jamais. J'écris ce commentaire hors connexion, et après, hop ! je me connecte et je l'envoie. Facile mais il fallait y penser.
Le seul bémol est quand nos petits-enfant viennent, videos limitées mais il reste tout de même la 4G même si ça marche mieux dehors que dedans...
Et puis ils ne viennent pas au fond des bois pour faire la même chose qu'à Paris...
Bien amicalement.
PS, le français de ton amoureuse est parfait.