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mardi 2 avril 2019

La charrette populaire


Je me rappelle avec une netteté étonnante cette scène vécue il y a sans doute vingt ans déjà. Je ne sais plus à quelle occasion, je rentrais du centre-ville en bus. Assise à l’avant, une blonde d’une trentaine d’années, d’une beauté si travaillée qu’elle en était franchement artificielle, discutait au téléphone avec une copine. « Et en tout cas, vivement qu’elle arrive, ma nouvelle voiture, parce que le bus, c’est pénible ! Et tous ces gens… franchement j’en ai marre ! ». Un beau prototype de jeune bourgeoise snobinarde (le portable il y a 20 ans…) qui aurait mérité que « ces gens » dans le bus la descende manu militari à l’arrêt suivant !

Alors oui, ce n’est pas tous les jours rose, d’emprunter « la charrette populaire », surtout à l’heure de pointe, quand elle est bien encombrée. Mais pour vous y (re)convertir, les pouvoirs publics sont prêts à une opération de charme. Ainsi, lorsque j’ai fait radier la plaque de la voiture, on m’a informé de l’existence de la prime Bruxell’Air, qui moyennant quelques démarches administratives raisonnablement contraignantes, donne droit au Bruxellois qui renonce à sa voiture à un an d’abonnement MTB (accès aux réseaux STIB, De Lijn, TEC et SNCB sur le territoire de Bruxelles). Prudent, j’ai attendu de voir si les démarches aboutissaient, et si le précieux sésame m’était délivré. Mais c’est chose faite, et je vais pouvoir profiter de ce beau cadeau (valeur marchande de 580 euros) jusque fin mars 2020.
Voilà qui tombera à pic pour les mois d’hiver surtout, pour les escapades en ville avec les enfants, et pour « l’usage opportuniste » (un tram qui passe, hop, je saute dedans pour raccourcir mon trajet à pied).

Petit détour encore avant de plus amples considérations sur les transports en commun bruxellois (et pas que !). Si par hasard vous n’avez que faire d’un abonnement MTB, ou que votre employeur vous en paye déjà un, où est donc l’incitant ? Ailleurs ! Par exemple, une prime de 500 euros à faire valoir chez un nombre impressionnant de vélocistes bruxellois. Et si votre vieille bagnole est allée à la casse, la prime est doublée ! Tout ça financé par le contribuable… merci à toutes et tous !

Cela dit, je n’avais pas attendu de recevoir mon abonnement gratuit pour découvrir la vie de « stibiste ». Et je dis bien « découvrir », oui. Car j’avais dans ma vie pris plus souvent les transports en commun à Brno, à Prague et à Londres qu’à Bruxelles, où j’avais principalement circulé à pied et à moto. Or donc, premier bilan au bout de quelques mois :

Eh bien c’est globalement positif… mais tout de même pas parfait !

·      Le métro est d’une efficacité remarquable et s’arrête à 300 mètres de chez moi, donc rien à redire. Je n’ai jamais connu de retard notoire ou d’encombrement ingérable, mais j’avoue que je ne le prends que peu à l’heure de pointe, puisque je ne m’en sers pas pour aller travailler.

·      Le tram (principalement lignes 7, 8 et 25) est ponctuel tant qu’il est en site propre, et c’est le cas sur la majeure partie du trajet qui m’intéresse. Aux heures de grande affluence, la fréquence de passage est telle qu’on peut franchement se passer de courir derrière pour l’attraper : le suivant arrive quelques minutes plus tard !

·      Le bus est au mieux un auxiliaire intermittent… Le week-end, quand il n’y a pas de bouchons, l’horaire est plus ou moins respecté. En semaine, quand j’arrive à l’arrêt et que je vois plus de 3 minutes indiquées au panneau d’affichage, je marche jusqu’à l’arrêt suivant. Et il n’est pas rare qu’à l’arrêt suivant, l’affichage « temps réel » annonce non plus 3 mais 4 ou 5 minutes. Je continue donc encore à pied. Bref, souvent, je suis plus vite arrivé chez moi (ou à l’arrêt de tram) à pied que si j’avais pris le bus !

Sur ce dernier point, à savoir la circulation des bus, les options prises par la STIB il y a une quinzaine d’années ont à mon sens été contre-productives. Quand on a renouvelé le parc de bus, on les a achetés plus grands à l’extérieur et moins spacieux à l’intérieur ! Pour plus d’efficacité, il fallait des bus plus petits (donc plus mobiles), mais en plus grand nombre (oui, je sais, ça coûte plus cher en personnel, et alors ?) Par ailleurs, on peut se demander pourquoi la STIB s’entête à donner des horaires précis qu’elle ne respecte pas. Quand on n’est pas capable de se tenir à un horaire (et c’est possible, à Prague les bus sont à l’heure), alors on se la joue à la londonienne, avec des indications du type : « entre 9 et 11h, 9 bus par heure en moyenne, entre 11h et 15h, 7 bus par heure en moyenne », etc. Solution simple pour éviter de fâcher tout le monde et de passer pour des incapables…

Pour terminer, quelques considérations politiques… parce qu’on ne se refait pas ! La gratuité pour les enfants, et la quasi-gratuité pour les étudiants et retraités, c’est très bien. Les employeurs généreux (ou réalistes) qui payent des abonnements à leur personnel, c’est bienvenu ! Mais la gratuité généralisée, ce serait encore beaucoup mieux. C’est dans l’air du temps, puisque le projet est porté de la gauche (PTB) au centre (CDH). On peut rêver, et se dire qu’après les prochaines élections législatives, on fera au moins un pas dans cette direction. Après tout, le prix des billets et abonnements ne couvre qu’une fraction des frais d’exploitation, et allouer des fonds pour assurer la gratuité n’est qu’une question de volonté politique, et pas de faisabilité économique. Et si on y arrive à Tallinn et à Dunkerque, pourquoi pas à Bruxelles ?

Attention, cependant, je ne dis pas non plus que les transports en commun sont la seule et unique solution miracle pour assurer une bonne mobilité urbaine. Par exemple, dans une ville comme Bruxelles, de taille moyenne et au sous-sol marécageux, il serait peu opportun de continuer à creuser des trous pour étendre le réseau de métro, mettre le tram en souterrain, multiplier les jonctions ferroviaires, etc. Le jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle, ni du point de vue financier, ni en termes d’efficacité technique. Voilà pourquoi des associations se mobilisent contre le projet de ligne nord du métro, dont Inter Environnement Bruxelles. Oui oui, des écolos contre le métro ! Dans le même ordre d’idées, pour se quitter en écoutant quelqu’un d’intelligent, voici ce que pense Jean-Marc Jancovici du projet du « Grand Paris ». Un point de vue dénué d’a priori idéologique, et qui a le mérite de prendre la problématique de la mobilité urbaine sous un angle éminemment pratique !

A la semaine prochaine !

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