Je me rappelle
avec une netteté étonnante cette scène vécue il y a sans doute vingt ans déjà.
Je ne sais plus à quelle occasion, je rentrais du centre-ville en bus. Assise à
l’avant, une blonde d’une trentaine d’années, d’une beauté si travaillée qu’elle
en était franchement artificielle, discutait au téléphone avec une copine. « Et
en tout cas, vivement qu’elle arrive, ma nouvelle voiture, parce que le bus, c’est
pénible ! Et tous ces gens… franchement j’en ai marre ! ». Un
beau prototype de jeune bourgeoise snobinarde (le portable il y a 20 ans…) qui
aurait mérité que « ces gens » dans le bus la descende manu militari
à l’arrêt suivant !
Alors oui, ce n’est
pas tous les jours rose, d’emprunter « la charrette populaire »,
surtout à l’heure de pointe, quand elle est bien encombrée. Mais pour vous y (re)convertir,
les pouvoirs publics sont prêts à une opération de charme. Ainsi, lorsque j’ai
fait radier la plaque de la voiture, on m’a informé de l’existence de la prime Bruxell’Air, qui
moyennant quelques démarches administratives raisonnablement contraignantes,
donne droit au Bruxellois qui renonce à sa voiture à un an d’abonnement MTB
(accès aux réseaux STIB, De Lijn, TEC et SNCB sur le territoire de Bruxelles).
Prudent, j’ai attendu de voir si les démarches aboutissaient, et si le précieux
sésame m’était délivré. Mais c’est chose faite, et je vais pouvoir profiter de
ce beau cadeau (valeur marchande de 580 euros) jusque fin mars 2020.
Voilà qui tombera
à pic pour les mois d’hiver surtout, pour les escapades en ville avec les enfants,
et pour « l’usage opportuniste » (un tram qui passe, hop, je saute
dedans pour raccourcir mon trajet à pied).
Petit détour
encore avant de plus amples considérations sur les transports en commun
bruxellois (et pas que !). Si par hasard vous n’avez que faire d’un abonnement
MTB, ou que votre employeur vous en paye déjà un, où est donc l’incitant ?
Ailleurs ! Par exemple, une prime de 500 euros à faire valoir chez un
nombre impressionnant de vélocistes bruxellois. Et si votre vieille bagnole est
allée à la casse, la prime est doublée ! Tout ça financé par le
contribuable… merci à toutes et tous !
Cela dit, je n’avais
pas attendu de recevoir mon abonnement gratuit pour découvrir la vie de « stibiste ».
Et je dis bien « découvrir », oui. Car j’avais dans ma vie pris plus
souvent les transports en commun à Brno, à Prague et à Londres qu’à Bruxelles,
où j’avais principalement circulé à pied et à moto. Or donc, premier bilan au
bout de quelques mois :
Eh bien c’est globalement
positif… mais tout de même pas parfait !
· Le métro est d’une efficacité remarquable
et s’arrête à 300 mètres de chez moi, donc rien à redire. Je n’ai jamais connu
de retard notoire ou d’encombrement ingérable, mais j’avoue que je ne le prends
que peu à l’heure de pointe, puisque je ne m’en sers pas pour aller travailler.
· Le tram (principalement lignes 7, 8 et 25)
est ponctuel tant qu’il est en site propre, et c’est le cas sur la majeure
partie du trajet qui m’intéresse. Aux heures de grande affluence, la fréquence
de passage est telle qu’on peut franchement se passer de courir derrière pour l’attraper :
le suivant arrive quelques minutes plus tard !
· Le bus est au mieux un auxiliaire intermittent…
Le week-end, quand il n’y a pas de bouchons, l’horaire est plus ou moins respecté.
En semaine, quand j’arrive à l’arrêt et que je vois plus de 3 minutes indiquées
au panneau d’affichage, je marche jusqu’à l’arrêt suivant. Et il n’est pas rare
qu’à l’arrêt suivant, l’affichage « temps réel » annonce non plus 3
mais 4 ou 5 minutes. Je continue donc encore à pied. Bref, souvent, je suis plus
vite arrivé chez moi (ou à l’arrêt de tram) à pied que si j’avais pris le bus !
Sur ce dernier
point, à savoir la circulation des bus, les options prises par la STIB il y a
une quinzaine d’années ont à mon sens été contre-productives. Quand on a
renouvelé le parc de bus, on les a achetés plus grands à l’extérieur et moins
spacieux à l’intérieur ! Pour plus d’efficacité, il fallait des bus plus
petits (donc plus mobiles), mais en plus grand nombre (oui, je sais, ça coûte
plus cher en personnel, et alors ?) Par ailleurs, on peut se demander
pourquoi la STIB s’entête à donner des horaires précis qu’elle ne respecte pas.
Quand on n’est pas capable de se tenir à un horaire (et c’est possible, à Prague
les bus sont à l’heure), alors on se la joue à la londonienne, avec des
indications du type : « entre 9 et 11h, 9 bus par heure en moyenne,
entre 11h et 15h, 7 bus par heure en moyenne », etc. Solution simple pour
éviter de fâcher tout le monde et de passer pour des incapables…
Pour terminer,
quelques considérations politiques… parce qu’on ne se refait pas ! La
gratuité pour les enfants, et la quasi-gratuité pour les étudiants et
retraités, c’est très bien. Les employeurs généreux (ou réalistes) qui payent
des abonnements à leur personnel, c’est bienvenu ! Mais la gratuité
généralisée, ce serait encore beaucoup mieux. C’est dans l’air du temps,
puisque le projet est porté de la gauche (PTB) au centre (CDH). On peut rêver,
et se dire qu’après les prochaines élections législatives, on fera au moins un
pas dans cette direction. Après tout, le prix des billets et abonnements ne
couvre qu’une fraction des frais d’exploitation, et allouer des fonds pour
assurer la gratuité n’est qu’une question de volonté politique, et pas de
faisabilité économique. Et si
on y arrive à Tallinn et à Dunkerque, pourquoi pas à Bruxelles ?
Attention,
cependant, je ne dis pas non plus que les transports en commun sont la seule et
unique solution miracle pour assurer une bonne mobilité urbaine. Par exemple, dans
une ville comme Bruxelles, de taille moyenne et au sous-sol marécageux, il
serait peu opportun de continuer à creuser des trous pour étendre le réseau de métro,
mettre le tram en souterrain, multiplier les jonctions ferroviaires, etc. Le
jeu n’en vaut tout simplement pas la chandelle, ni du point de vue financier,
ni en termes d’efficacité technique. Voilà pourquoi des
associations se mobilisent contre le projet de ligne nord du métro, dont
Inter Environnement Bruxelles. Oui oui, des écolos contre le métro ! Dans
le même ordre d’idées, pour se quitter en écoutant quelqu’un d’intelligent, voici ce que pense Jean-Marc
Jancovici du projet du « Grand Paris ». Un point de vue dénué d’a
priori idéologique, et qui a le mérite de prendre la problématique de la
mobilité urbaine sous un angle éminemment pratique !
A la semaine prochaine !
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