S’il y a bien un moyen de transport que l’on snobe, quand on
est automobiliste, c’est le train. Pensez donc, devoir aller jusqu’à la gare,
respecter un horaire sans qu’on soit sûr que ce foutu tchouc-tchouc arrive à
l’heure, et tout ça pour arriver tard à destination, car c’est bien connu
« le train se traîne ».
Mais il aura suffi que je me retrouve sans voiture garée
devant ma porte pour que j’aie envie de redonner sa chance à ce moyen de
transport finalement pas si désuet ni désagréable. D’accord, j’admettrai
d’entrée de jeu que je suis un utilisateur privilégié : je ne dois pas
compter sur la SNCB pour me rendre au travail, je peux aller à la gare en métro
(ligne directe qui plus est, 25 minutes « porte à quai ») et en cas
de perturbation du trafic, j’ai le temps d’inventer un plan B. Ce que je vais
dire de positif ici sur les voyages en train en Belgique ne reflètera donc pas
l’avis du navetteur provincial lambda, qui doit souvent compter sur la voiture
(et le parking de la gare !) pour aller chercher son train, qui voyage
dans des wagons bondés à l’heure de pointe, pour qui tout retard est
potentiellement un vrai problème, et qui perd parfois des heures pour une chute
de neige, un vol de caténaire, une grève sauvage… Bref, fin des précautions
oratoires !
Pour un voyageur du week-end, en conditions idéales et sans
stress, le train est donc bel et bien un moyen de transport à
redécouvrir ! L’achat du billet se fait aujourd’hui en ligne,
et la livraison sous forme de PDF dans votre boîte mail. Pendant le week-end,
le prix de l’aller-retour d’une journée est divisé par deux. Les enfants de
moins de 12 ans voyagent gratuitement avec un adulte. Sur les plus grandes
lignes du pays, les trains circulent de manière assez fréquentes le week-end
aussi.
En pratique, au départ de Bruxelles, ça nous donne ceci pour
une journée d’excursion à trois :
Aller : Bruxelles Central 8h56 => Bruges 10h
Retour : Bruges 18h10 => Bruxelles Central 19h16
Prix : 15,20 euros pour papa, gratuit pour les enfants.
Un retard, un train supprimé, arrivés plus tôt à la
gare ? Il y avait un autre train à 8h45 et à 9h17 le matin, ainsi qu’à
17h58 et 18h31 le soir.
Et l’impact carbone, dans tout ça ? Sept fois moins
élevé par voyageur que pour une voiture, selon le
rapport de la SNCB que j’ai pu trouver à ce sujet. On conclura qu’il
faut remplir une voiture 7 places (et avoir le pied léger) pour faire aussi
bien que le train en empreinte carbone.
Alors bien sûr, le train est plus lent que la voiture
(quoique pas toujours !), et surtout il y a « les gens »,
« les autres » (l’enfer, quoi !). Eh bien justement, ça tombe
bien, réhabituons-nous à la lenteur et aux transports collectifs ! Parce
que la vitesse et l’individualisme ne sont que des luxes temporaires qui nous
ont été offerts par la puissance des énergies fossiles abondantes, mais tout
ceci a une fin, fin qui se rapproche inexorablement. Et oui, en tant que
motard, j’ai usé et abusé de vitesse et d’individualisme. Mais il n’est jamais
trop tard pour se mettre à supporter ses compagnons de voyage, voire à lier
conversation avec eux, comme ça se fait aux Pays-Bas. Dans le train, on peut
aussi lire, rêver, dormir, méditer sur ses fins dernières, jouer avec ses
enfants, leur lire une histoire, faire des câlins…
Mais revenons un moment à notre navetteur d’il y a quelques
paragraphes, celui-là même que je ne suis pas. S’il est si mal loti, ce n’est
pas un hasard. Depuis une petite vingtaine d’années, le
budget de la SNCB ne cesse de diminuer, et son
personnel de se réduire. Le même genre de phénomène est observable
en France, en République tchèque (autre pays d’Europe que je connais bien) , et
que dire de la privatisation des chemins de fer britanniques, orchestrée il y a
bien longtemps déjà par Margaret Thatcher ? A ce sujet, mieux qu’un
documentaire, le film du réalisateur anglais Ken Loach The Navigators.
Ainsi donc, il y a un bon moment que le rail est devenu le parent pauvre de la
politique de transport en Europe, au profit d’un « tout à la route »
polluant et mortifère. Pourquoi donc ? Sans doute parce que c’est la
notion même de service public qui s’est érodée dans le cadre de l’économie
néo-libérale. Il serait donc grand temps de réinvestir dans les chemins de fer,
et si des plans concrets existent
en la matière, il faudrait voir ce qu’il en resterait dans un
gouvernement de coalition (mais tous les pays européens n’ont pas le même
système politique que la Belgique).
Dernière question, celle de l’usage du train pour couvrir de
longues distances. Ici, l’absence de politique européenne coordonnée est
frappante. Tant que l’on voyage au sein d’un même pays, tout va bien ou
presque. Bien sûr, chaque géographie humaine a ses spécificités. Réseau centré
en étoile en France ou en Espagne, réseau maillé en Allemagne ou aux Pays-Bas.
Mais on s’accommode bien de passer obligatoirement par Paris pour faire un
Bordeaux – Strasbourg ou de changer à Madrid pour un Malaga-Barcelone. En
revanche, les choses se corsent quand on passe d’un pays à l’autre. Ainsi donc,
petite simulation sur la base des sites Oui
SNCF et Skyscanner (j’ai éliminé
Ryanair) :
Si pendant les vacances de Pâques, j’allais visiter une
grande ville d’Europe plutôt que de rendre visite à ma chère et tendre à
Saint-Pétersbourg…
Tant que je reste sur le réseau français (dont le réseau
belge est un satellite), tout va bien :
·
Bruxelles-Marseille, aller – retour 14/04 au
21/04
Train : 246 euros, durée moyenne d’un trajet :
6h15
Avion : 237 euros (bagage inclus), durée moyenne d’un trajet
(formalités d’aéroport comprises) : 3h30
Mais une fois que je vais vers l’est, ça revient cher…
·
Bruxelles-Vienne, aller – retour 14/04 au 21/04
Train : 602 euros, durée moyenne d’un trajet :
10h20
Avion : 228 euros (bagage inclus), durée moyenne d’un
trajet (formalités d’aéroport comprises) : 3h30
Ou vers le nord aussi, d’ailleurs…
·
Bruxelles-Copenhague, aller – retour 14/04 au
21/04
Train : 756 euros, durée moyenne d’un trajet : 13h
Avion : 167 euros (bagage inclus), durée moyenne d’un
trajet (formalités d’aéroport comprises) : 3h20
Alors, il n’y a pas un gros problème, là ? Un problème
qui pourrait sans doute se résoudre assez facilement avec un peu de bonne
volonté politique, puisque le réseau EST là, il existe physiquement. Il
faudrait améliorer les connexions, les correspondances, subventionner le rail,
rendre du budget aux compagnies nationales (et éviter de les
privatiser !), et enfin mettre des taxes sur le kérosène pour faire monter
un tant soit peu le prix du billet d’avion. Oui, bien sûr, ça demande de la
concertation, de la planification (ouh, le vilain mot !) et de la fermeté
par rapport aux lobbies qui freineront ces politiques. Bref, c’est pas gagné…
En attendant, je continuerai de prendre gentiment le train
le week-end pour mes petites excursions belges…
Bon voyage !
Un grand regret: la disparition des trains de nuit (en couchettes ou wagons-lits) qui mettaient Milan ou Madrid à portée de Bruxelles en une nuit.
RépondreSupprimerMais il semblerait que l'on parle de les rétablir...
Il y avait même, luxe suprême, les trains auto-couchettes qui permettaient de transporter une famille avec enfants de disposer de leur véhicule si elle se rendait dans un patelin perdu. Le prix était, assez étonnamment, vraiment concurrentiel si on était 4 ou 5.