Ensuite, le vélo
a été remisé pendant de longues années, remplacé par la moto et la voiture.
Mais arrivé à un âge où l’on a tout intérêt à faire du sport pour ne pas
dépérir trop vite, le cycliste revient souvent à ses premières amours. Pour ma
part, c’est l’été dernier que je suis remonté en selle, lors de mes vacances en
Estonie. Il faut dire que le pays est plat, peu peuplé, et que les
infrastructures pour les cyclistes sont fort bonnes. Des conditions idéales
pour se remettre le pied à l’étrier, et mes deux minitrips de 200 à 250 km en
trois jours m’ont donné envie de plus, que ce soit au quotidien ou pour faire
du tourisme.
Comme le hasard
fait bien les choses (à tel point qu’il ne mérite parfois plus son nom !),
un de mes premiers compagnons cyclistes a lui aussi repris du service. Mon ami
Paul habite depuis deux ans en Flandre, dans la banlieue de Louvain. Et non
seulement il s’est remis à rouler, mais il s’est aussi lancé dans la
restauration de vieux vélos. Grâce à lui, me voilà l’heureux propriétaire
d’un VTT d’une trentaine d’années remis au goût du jour. Cette bécane est
d’ailleurs une petite jeunette dans ma collection naissante, qui compte aussi
le vélo des années 30 sur lequel roulait mon grand-père, restauré par mon père
dans les années 90. Pas le plus pratique au quotidien, mais un beau morceau
d’histoire familiale !
Outre des
week-ends en Belgique et aux Pays-Bas, des projets de restauration et des
envies de voyage au long cours, Paul et moi partageons nos expériences de
cyclistes en Flandre et à Bruxelles, et nos discussions tournent fréquemment
autour de la place du vélo dans un monde en transition. Bien sûr, de manière
générale, plus il y a de cyclistes au quotidien, moins l’air de nos villes sera
irrespirable. Mais tout de même, « promouvoir l’usage du vélo » reste
réducteur et insuffisant. Quelques réflexions, donc…
· Tout d’abord, vendre des vélos et des
accessoires à la pelle, ça reste un business comme un autre. Comme chez les
motards, il y a des « cyclistes » qui sont avant tout des
consommateurs, et achètent un engin dernier cri et toute une panoplie pour rouler
trois jours par an. Autant de matériel qui vieillit dans un coin et constitue
en fait des déchets non jetés, rien de plus…
· Le vélo, c’est aussi un sport trop
commercial, et trop médiatisé, celui par excellence où l’on ne fait pas toute
une carrière juste à l’eau claire et au steak-frites-salade. Il y a 40 ans
déjà, un des plus jeunes cousins de mon père, qui roulait dans des courses
locales dans le Brabant, s’est fait assez clairement dire que s’il ne se
mettait pas à prendre « des trucs », il n’irait pas bien loin. Il a
donc décidé de ne pas aller bien loin ! Bref, encore un de ces
sports qui joue sur le culte de la performance et où les stars et leurs sponsors
brassent des millions. Une des multiples paraboles du capitalisme néo-libéral :
les meilleurs sont déifiés, les autres n’existent pas.
· Mais pour le commun des mortels, le vélo
est un moyen de déplacement, point à la ligne. Et là se pose la question de
savoir pourquoi il entre ou non dans la culture locale, ce qui fait que « la
mayonnaise prend » ou pas. En premier lieu, il y a bien sûr la géographie.
Faire du vélo est plus facile en plaine qu’en montagne… Mais il y a aussi une
question de densité de population. Si le village suivant est à 5-10 kilomètres,
on y est plus vite que s’il est à 20-30 km, en toute logique. Enfin, il
pourrait bien y avoir aussi une question de fond socio-culturel. On ne frime
pas, à vélo, on n’étale pas sa richesse. C’est un moyen de déplacement quotidien
qui est sobre, modeste. Et c’est pourquoi, aussi, je pense, il s’accommode bien
de la morale protestante. Par exemple, un gars qui avait fait le tour du monde
à vélo au début des années 90 et était venu présenter une conférence dans mon école
secondaire expliquait qu’au Maroc, les enfants lui jetaient des pierres depuis
le bord de la route. Parce qu’un voyageur européen à vélo, c’est forcément un
pauvre, un « pouilleux », et il ne mérite aucun respect…
· Enfin, ces dernières années, se pose la
question du vélo électrique. Voilà une solution qui « technologise »
finalement assez peu l’engin et permet de le rendre plus accessible encore au
grand public. Cependant, ici aussi, il y a un effet de mode incontournable et
tous les travers habituels du consumérisme sont là : vélos électriques au
rabais dont l’obsolescence programmée ne fait aucun doute, ou vélos
surpuissants… pour faire quoi exactement ? Il faut donc se renseigner, évaluer
ses besoins, et avoir une vision à long terme pour ne pas être déçu de ses
choix. Personnellement, d’ailleurs, le vélo électrique ne m’intéresserait que
si je peux le recharger sur la base d’un kit autonome modeste fait des quelques
centaines de watts d’éolien et de solaire. A moins carrément un jour d’opter
pour un vélo électrique sans batterie. Oui oui, ça existe !
Et d’ailleurs, je me demande aussi dans quelle mesure je ne pourrais pas
utiliser mon vélo pour produire de l’électricité.
Un tout petit peu d’électricité, je veux dire. De quoi recharger une batterie
de 12 volts pour avoir de la lumière. Parce que si c’est pour faire griller
une tartine, même un athlète de haut niveau manque de faire l’infarctus
avant d’y arriver !
Allez, bonne route
à tout le monde !
Merci pour cet article mon ami, l’air que nous respirerons demain sera peut-être meilleur. Pour celle où celui qui souhaite se mettre au vélo, avec ou sans assistance électrique, je ne pourrais que trop recommander ceci : mieux vaut acheter un bon vélo d’occasion qu’un vélo de supermarché du sport, aux composants soit au rabais, soit mal assortis et bien souvent surfaits pour l’utilisateur lambda, n’en déplaise à certains. Inutile de créer de la demande -donc du déchet- là où l’offre est considérable. Et si vous ne savez par où commencer, visitez un vélociste local, il se fera un plaisir de vous conseiller car, pour lui aussi, les temps sont difficiles.
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