Réjouissez-vous
bonnes gens, vous allez pouvoir aller voter dans une grand-messe quasi continentale
de la démocratie ! C’est y pas beau, ça ?
Au menu, l’élection
de 751 députés du Parlement européen, qui tous ensemble pèsent moins lourd que le
Conseil, pouvoir législativo-exécutif parasite qui continue de représenter les intérêts
particuliers des États membres. Ajoutez à cela le travail de sape des lobbies
et les petits jeux de politique politicienne qui empêchent de réellement
bousculer l’ordre établi, et vous aurez compris qu’il ne faut pas attendre
grand-chose de ces fameuses élections européennes…
Mais quand même, comme
on ne se refait pas, je me hasarderai à quelques projections et tentatives d’analyse,
et je proposerai aussi quelques coups de projecteurs plus ciblés.
D’après
les derniers sondages (qui sont toujours à prendre avec des pincettes, je
sais), les trois grands partis européens « mainstream », ventre mou consensuel
en faveur des beaux discours ronflants et du « business as usual » devraient
récolter ensemble plus de la moitié des sièges (environ 400). C’est d’ailleurs
la droite (PPE et ALDE) qui aurait la main, devançant largement les socialistes
(S&D). A priori, on aurait donc droit à une grande coalition avec « la
gauche » (si on peut encore l’appeler ainsi) dans le rôle de l’adjuvant,
ou alors une configuration qui inclurait les écologistes (en très légère
progression) pour se donner bonne conscience, mais sans prévoir aucune mesure
révolutionnaire.
A l’autre extrême
du spectre, les diverses formes d’extrême droite prospèrent bien plus qu’il ne
le faudrait, et parmi elles, on a même la mauvaise surprise d’avoir un « Brexit
party » en plus du UKIP au Royaume-Uni. Un petit commentaire
passionné sur ce sujet, par mon chroniqueur-humoriste anglais préféré.
Et dans tout
cela, qui a pris la mesure des enjeux, des défis à relever ? A mon petit
niveau belgo-belge, je resterai bien sûr fidèle à ma liste de prédilection,
Ecolo. J’ai eu l’occasion de voir récemment en conférence-débat son chef de
file, Philippe Lamberts. Un discours aussi rouge que vert, aucune langue de
bois, des réponses précises, argumentées et nuancées à toutes les questions… L’homme
est bon orateur et connaît bien ses dossiers. En plus, on n’est pas ici en face
d’un doux rêveur, mais d’un ancien banquier, qui a un temps travaillé à la
City, à Londres. Il connaît donc bien l’ennemi qu’il combat. Ici, un petit échantillon de sa
verve au PE (et vous pardonnerez la petite mise en scène).
Par ailleurs,
comme il est de coutume pour tout Belge francophone, mon attention se porte
aussi sur l’actualité politique française. Les thèmes de la campagne, chez nos
voisins sont d’ailleurs assez tristement comparables à ceux qui monopolisent le
débat ici. En résumé, le pouvoir en place tâche de ramener les enjeux à des
peurs primaires (sécurité, immigration), assurant être ferme et humain à la fois,
au contraire de l’extrême-droite barbare. Et sur les thèmes économiques, l’accent
est mis sur l’individualisme, sur le confort que chacun pourrait conserver ou
gagner. Dans tout cela, peu de place pour la solidarité collective et l’environnement,
qui sont des thèmes que les dirigeants souhaitent éluder le plus possible. Mais,
dans cet océan de court-termisme égoïste et de repli sur soi maladif, signalons
tout de même quelques lueurs d’intelligence et d’humanité.
La plus
remarquable vient d’une petite liste tirée par une ancienne ministre, Delphine Batho,
limogée en son temps pour avoir protesté contre le manque de moyens alloués au Ministère
de l’Écologie. Cette femme politique hors norme propose une « écologie
intégrale » directement inspirée des collapsologues, et n’hésite pas à
proposer des mesures radicales, dont une baisse du confort matériel, pour tenter
de sauver les civilisations humaines… et toute la biodiversité, avant toute
chose ! Évidemment, avec un programme pareil, impossible de décoller dans
les sondages…
Plus médiatisés,
Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise se mettent également à intégrer dans
leur discours la pensée des collapsologues. D’ailleurs, pour les amateurs, je
ne saurais que trop conseiller l’interview de JLM sur
Thinkerview, où ce sujet est abordé parmi d’autres… mais je ne retrouve
plus où dans les 2h40 ! Bien sûr, dans le cas d’un mouvement politique de
bien plus grande envergure, comme La France Insoumise, on est en droit de se
demander si l’évocation de ces idées n’est pas une manière de récupérer un certain
électorat qui y est particulièrement réceptif. Mais on peut aussi accorder aux
Insoumis le bénéfice du doute. Tiens, d’ailleurs, pour un petit avant-gout de
JLM collapsonaute, vous pouvez aller voir ici aussi.
Sur ce, même sans
vous faire de grandes illusions, allez voter… c’est toujours mieux que de râler
sur les résultats sans même s’être bougé !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire