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jeudi 23 mai 2019

Élections européennes, et alors ?


Réjouissez-vous bonnes gens, vous allez pouvoir aller voter dans une grand-messe quasi continentale de la démocratie ! C’est y pas beau, ça ?

Au menu, l’élection de 751 députés du Parlement européen, qui tous ensemble pèsent moins lourd que le Conseil, pouvoir législativo-exécutif parasite qui continue de représenter les intérêts particuliers des États membres. Ajoutez à cela le travail de sape des lobbies et les petits jeux de politique politicienne qui empêchent de réellement bousculer l’ordre établi, et vous aurez compris qu’il ne faut pas attendre grand-chose de ces fameuses élections européennes…

Mais quand même, comme on ne se refait pas, je me hasarderai à quelques projections et tentatives d’analyse, et je proposerai aussi quelques coups de projecteurs plus ciblés.

D’après les derniers sondages (qui sont toujours à prendre avec des pincettes, je sais), les trois grands partis européens « mainstream », ventre mou consensuel en faveur des beaux discours ronflants et du « business as usual » devraient récolter ensemble plus de la moitié des sièges (environ 400). C’est d’ailleurs la droite (PPE et ALDE) qui aurait la main, devançant largement les socialistes (S&D). A priori, on aurait donc droit à une grande coalition avec « la gauche » (si on peut encore l’appeler ainsi) dans le rôle de l’adjuvant, ou alors une configuration qui inclurait les écologistes (en très légère progression) pour se donner bonne conscience, mais sans prévoir aucune mesure révolutionnaire.

A l’autre extrême du spectre, les diverses formes d’extrême droite prospèrent bien plus qu’il ne le faudrait, et parmi elles, on a même la mauvaise surprise d’avoir un « Brexit party » en plus du UKIP au Royaume-Uni. Un petit commentaire passionné sur ce sujet, par mon chroniqueur-humoriste anglais préféré.

Et dans tout cela, qui a pris la mesure des enjeux, des défis à relever ? A mon petit niveau belgo-belge, je resterai bien sûr fidèle à ma liste de prédilection, Ecolo. J’ai eu l’occasion de voir récemment en conférence-débat son chef de file, Philippe Lamberts. Un discours aussi rouge que vert, aucune langue de bois, des réponses précises, argumentées et nuancées à toutes les questions… L’homme est bon orateur et connaît bien ses dossiers. En plus, on n’est pas ici en face d’un doux rêveur, mais d’un ancien banquier, qui a un temps travaillé à la City, à Londres. Il connaît donc bien l’ennemi qu’il combat. Ici, un petit échantillon de sa verve au PE (et vous pardonnerez la petite mise en scène).

Par ailleurs, comme il est de coutume pour tout Belge francophone, mon attention se porte aussi sur l’actualité politique française. Les thèmes de la campagne, chez nos voisins sont d’ailleurs assez tristement comparables à ceux qui monopolisent le débat ici. En résumé, le pouvoir en place tâche de ramener les enjeux à des peurs primaires (sécurité, immigration), assurant être ferme et humain à la fois, au contraire de l’extrême-droite barbare. Et sur les thèmes économiques, l’accent est mis sur l’individualisme, sur le confort que chacun pourrait conserver ou gagner. Dans tout cela, peu de place pour la solidarité collective et l’environnement, qui sont des thèmes que les dirigeants souhaitent éluder le plus possible. Mais, dans cet océan de court-termisme égoïste et de repli sur soi maladif, signalons tout de même quelques lueurs d’intelligence et d’humanité.

La plus remarquable vient d’une petite liste tirée par une ancienne ministre, Delphine Batho, limogée en son temps pour avoir protesté contre le manque de moyens alloués au Ministère de l’Écologie. Cette femme politique hors norme propose une « écologie intégrale » directement inspirée des collapsologues, et n’hésite pas à proposer des mesures radicales, dont une baisse du confort matériel, pour tenter de sauver les civilisations humaines… et toute la biodiversité, avant toute chose ! Évidemment, avec un programme pareil, impossible de décoller dans les sondages…

Plus médiatisés, Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise se mettent également à intégrer dans leur discours la pensée des collapsologues. D’ailleurs, pour les amateurs, je ne saurais que trop conseiller l’interview de JLM sur Thinkerview, où ce sujet est abordé parmi d’autres… mais je ne retrouve plus où dans les 2h40 ! Bien sûr, dans le cas d’un mouvement politique de bien plus grande envergure, comme La France Insoumise, on est en droit de se demander si l’évocation de ces idées n’est pas une manière de récupérer un certain électorat qui y est particulièrement réceptif. Mais on peut aussi accorder aux Insoumis le bénéfice du doute. Tiens, d’ailleurs, pour un petit avant-gout de JLM collapsonaute, vous pouvez aller voir ici aussi.

Sur ce, même sans vous faire de grandes illusions, allez voter… c’est toujours mieux que de râler sur les résultats sans même s’être bougé !

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