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mardi 7 mai 2019

Il faut cultiver notre jardin


Comment nourrir l’Europe en temps de crise ? Voilà la question que posait en 2012 le groupe des Verts du Parlement européen à une équipe de jeunes chercheurs, parmi lesquels Pablo Servigne, ainsi aiguillé vers les thèmes qu’il n’a plus quittés depuis. La résultat de leurs cogitations est d’ailleurs disponible en PDF sur le site de l’Institut Momentum. Parmi les éléments de réponse à cette vaste question de recherche, l’autoproduction tient une bonne place, même en milieu urbain. Alors bien sûr, il n’y a pas toujours de quoi devenir autonome, mais c’est l’occasion de développer des compétences et d’entretenir des affinités avec le monde du vivant (tant qu’il existe encore…)

Voilà donc la motivation première qui pousse le citadin que je suis à cultiver un potager. La deuxième, au moins tout aussi importante, est que ça m’amuse, tout simplement ! Pour être précis, cette année, je cultiverai même deux potagers, mais de tailles très modestes, j’en conviens. Le premier se trouve dans le petit jardin de la maison familiale à Schaerbeek. Le second, lancé il y a quelques jours à peine, est situé dans le jardin commun de l’immeuble d’Auderghem où je loue un appartement. Une idée lancée au détour d’une soirée entre voisins, des vieilles planches et quelques clous, du terreau, une après-midi de travail collectif, et le tour était joué.

Je n’en suis d’ailleurs pas à mon coup d’essai avec les potagers, puisque j’en avais déjà eu un « dans une vie antérieure » (avant mon divorce) et que celui du jardin de mon enfance n’en est pas à sa première année non plus. Les rendements ont jusqu’ici été fort modestes, mais rien ne vaut le plaisir de manger ses propres légumes ! Et en attendant de suivre un cycle de cours de permaculture (à la saison prochaine, j’espère…), voici tout de même quelques principes pour les débutants complets… ou quelques erreurs étalées en public, pour faire réagir ceux de mes lecteurs qui ont plus de métier que moi !

-       Pour commencer, choisissez des cultures robustes et tolérantes aux conditions les plus diverses. Inutile de vous faire souffrir avec des tomates ou des laitues, alors que les potirons et courgettes, les haricots et les radis vont prendre dans des sols très variés, résister à la pluie battante comme au soleil, et même survivre à vos vacances d’une ou deux semaines.

-       Plantez vos semis en pots (sauf pour les radis), puis replantez-les en pleine terre et si nécessaire (coup de froid), protégez-les avec un bidon coupé en plastique transparent coupé, qui fera office de petite serre de fortune.

-       Ensuite, ne soyez pas paranoïaque, laissez faire la nature. Il y a un chat qui vient de temps à autre faire ses besoins dans vos cultures ? Vous avez quelques escargots, des limaces ? Vous avez l’impression qu’il y a peu de vers de terre ou d’insectes ? Tout cela est fort possible, mais inutile de prendre immédiatement des mesures drastiques. Évitez les engrais, pesticides… et la carabine à plomb pour tuer le chat ! Au début, il s’agit plus d’observer, de constater, d’apprendre que de vouloir à toute force produire.

-       Tâchez de faire un compost sous une forme ou une autre, et la saison une fois terminée, étendez-le sur votre sol, que vous pouvez encore recouvrir d’herbe coupée et de feuilles mortes (broyées ou non).

Voilà pour la base de ce que j’applique avec plus ou moins de succès. Pour le reste, en plus de l’expérience que je compte bien acquérir avec les années, je suis conscient qu’il y a toute une série de techniques que j’ai ignorées jusqu’à présent. Parmi celles-ci, il y a l’analyse de sol (pour choisir à bon escient ses cultures et ses amendements de terrain), la pollinisation de certaines plantes à la main (pour un rendement supérieur et pour pallier la disparition des insectes), la réintégration de vers de terre dans le sol (ils sont essentiels pour aérer et enrichir) l’enrichissement hivernal du terrain grâce au bois raméal fragmenté (grand porteur de carbone), et j’en passe. Un jour peut-être… une fois que je saurai mieux ce que je fais !

Tout cela, c’est fort bien, mais à quoi sert de cultiver son potager en ville, si ce n’est pour s’occuper et s’obliger à prendre le soleil au jardin ? Je reviens à l’acquisition de compétences cruciales en temps de disette. Il y a eu des périodes, dans l’histoire récente, où un retour à des occupations agricoles a été nécessaire pour une partie de la population qui les avait délaissées, y compris la population urbaine. Ça a été le cas notamment pendant la deuxième guerre mondiale aux États-Unis, avec les fameux « victory gardens », mais aussi plus récemment encore à Cuba, après l’effondrement du « grand frère » soviétique au début des années 1990. Pratiquer la permaculture (péri)-urbaine a donc été à ce moment de la periodo especial une question de survie pour tous les Cubains.

Néanmoins, les grandes villes européennes sont à présent trop densément peuplées pour être comparées aux villes américaines des années 1940 ou même à La Havane d’aujourd’hui. Même avec toute la bonne volonté du monde, les Bruxellois ou les Parisiens ne pourraient se nourrir en toute autonomie, même si tout le monde perdait 5 kilos en moyenne, comme ce fut le cas à Cuba au début de la periodo especial. Démonstration ici, de 1 :00 à 5 :30, et vous excuserez le français parfois approximatif de ce brave homme, qui pratique la liaison dangereuse !

Mais donc, à quoi bon ? Eh bien, à compter que tout le monde ne soit pas mort d’ici à la fin du siècle (ou bien avant), ce dont doutent de plus en plus de scientifiques, d’ailleurs, il faudra que les survivants assurent eux-mêmes une bonne partie de leur production alimentaire, dans un monde aux ressources naturelles limitées. Autant dire que si l’on n’acquiert aucune compétence jusque-là, c’est mal parti. Par ailleurs, même les campagnes auront été dévastées, puisqu’elles le sont déjà, par l’agriculture industrielle, comme l’expliquent si bien les agronomes Claude et Lydia Bourguignon :



Et si toutes ces tentatives devaient échouer ? Eh bien comme le jardinage est une activité lente, contemplative, elle induit la méditation et la philosophie. Et philosopher, c’est apprendre à mourir. Il faut donc que nous cultivions notre jardin…

1 commentaire:

  1. "philosopher c'est apprendre a mourir"
    j'adore, c'est tellement vrai!
    notre cher papa n'aurait pas dit mieux!

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