Comment nourrir l’Europe
en temps de crise ? Voilà la question que posait en 2012 le groupe des Verts
du Parlement européen à une équipe de jeunes chercheurs, parmi lesquels Pablo Servigne,
ainsi aiguillé vers les thèmes qu’il n’a plus quittés depuis. La résultat de
leurs cogitations est d’ailleurs disponible
en PDF sur le site de l’Institut Momentum. Parmi les éléments de réponse à
cette vaste question de recherche, l’autoproduction tient une bonne place, même
en milieu urbain. Alors bien sûr, il n’y a pas toujours de quoi devenir
autonome, mais c’est l’occasion de développer des compétences et d’entretenir
des affinités avec le monde du vivant (tant qu’il existe encore…)
Voilà donc la
motivation première qui pousse le citadin que je suis à cultiver un potager. La
deuxième, au moins tout aussi importante, est que ça m’amuse, tout simplement !
Pour être précis, cette année, je cultiverai même deux potagers, mais de tailles
très modestes, j’en conviens. Le premier se trouve dans le petit jardin de la
maison familiale à Schaerbeek. Le second, lancé il y a quelques jours à peine,
est situé dans le jardin commun de l’immeuble d’Auderghem où je loue un
appartement. Une idée lancée au détour d’une soirée entre voisins, des vieilles
planches et quelques clous, du terreau, une après-midi de travail collectif, et
le tour était joué.
Je n’en suis d’ailleurs
pas à mon coup d’essai avec les potagers, puisque j’en avais déjà eu un « dans
une vie antérieure » (avant mon divorce) et que celui du jardin de mon
enfance n’en est pas à sa première année non plus. Les rendements ont jusqu’ici
été fort modestes, mais rien ne vaut le plaisir de manger ses propres légumes !
Et en attendant de suivre un cycle de cours de permaculture (à la saison prochaine,
j’espère…), voici tout de même quelques principes pour les débutants complets… ou
quelques erreurs étalées en public, pour faire réagir ceux de mes lecteurs qui
ont plus de métier que moi !
-
Pour
commencer, choisissez des cultures robustes et tolérantes aux conditions les
plus diverses. Inutile de vous faire souffrir avec des tomates ou des laitues, alors
que les potirons et courgettes, les haricots et les radis vont prendre dans des
sols très variés, résister à la pluie battante comme au soleil, et même survivre
à vos vacances d’une ou deux semaines.
-
Plantez
vos semis en pots (sauf pour les radis), puis replantez-les en pleine terre et
si nécessaire (coup de froid), protégez-les avec un bidon coupé en plastique
transparent coupé, qui fera office de petite serre de fortune.
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Ensuite,
ne soyez pas paranoïaque, laissez faire la nature. Il y a un chat qui vient de
temps à autre faire ses besoins dans vos cultures ? Vous avez quelques escargots,
des limaces ? Vous avez l’impression qu’il y a peu de vers de terre ou d’insectes ?
Tout cela est fort possible, mais inutile de prendre immédiatement des mesures
drastiques. Évitez les engrais, pesticides… et la carabine à plomb pour tuer le
chat ! Au début, il s’agit plus d’observer, de constater, d’apprendre que
de vouloir à toute force produire.
-
Tâchez
de faire un compost sous une forme ou une autre, et la saison une fois terminée,
étendez-le sur votre sol, que vous pouvez encore recouvrir d’herbe coupée et de
feuilles mortes (broyées ou non).
Voilà pour la
base de ce que j’applique avec plus ou moins de succès. Pour le reste, en plus
de l’expérience que je compte bien acquérir avec les années, je suis conscient
qu’il y a toute une série de techniques que j’ai ignorées jusqu’à présent. Parmi
celles-ci, il y a l’analyse
de sol (pour choisir à bon escient ses cultures et ses amendements de
terrain), la pollinisation
de certaines plantes à la main (pour un rendement supérieur et pour pallier
la disparition des insectes), la réintégration de vers de terre dans le sol (ils sont essentiels pour aérer
et enrichir) l’enrichissement hivernal du terrain grâce au bois raméal fragmenté (grand
porteur de carbone), et j’en passe. Un jour peut-être… une fois que je saurai mieux
ce que je fais !
Tout cela, c’est
fort bien, mais à quoi sert de cultiver son potager en ville, si ce n’est pour
s’occuper et s’obliger à prendre le soleil au jardin ? Je reviens à l’acquisition
de compétences cruciales en temps de disette. Il y a eu des périodes, dans l’histoire
récente, où un retour à des occupations agricoles a été nécessaire pour une
partie de la population qui les avait délaissées, y compris la population urbaine.
Ça a été le cas notamment pendant la deuxième guerre mondiale aux États-Unis,
avec les fameux « victory
gardens », mais aussi plus récemment encore à Cuba, après l’effondrement
du « grand frère » soviétique au début des années 1990. Pratiquer la permaculture (péri)-urbaine
a donc été à ce moment de la periodo especial
une question de survie pour tous les Cubains.
Néanmoins, les grandes villes européennes sont à présent trop
densément peuplées pour être comparées aux villes américaines des années 1940
ou même à La Havane d’aujourd’hui. Même avec toute la bonne volonté du monde,
les Bruxellois ou les Parisiens ne pourraient se nourrir en toute autonomie, même
si tout le monde perdait 5 kilos en moyenne, comme ce fut le cas à Cuba au début
de la periodo especial. Démonstration
ici, de 1 :00 à 5 :30,
et vous excuserez le français parfois approximatif de ce brave homme, qui
pratique la liaison dangereuse !
Mais donc, à quoi bon ? Eh bien, à compter que tout le
monde ne soit pas mort d’ici à la fin du siècle (ou bien avant), ce
dont doutent de plus en plus de scientifiques, d’ailleurs, il faudra que
les survivants assurent eux-mêmes une bonne partie de leur production
alimentaire, dans un monde aux ressources naturelles limitées. Autant dire que
si l’on n’acquiert aucune compétence jusque-là, c’est mal parti. Par ailleurs,
même les campagnes auront été dévastées, puisqu’elles le sont déjà, par l’agriculture
industrielle, comme l’expliquent si bien les agronomes Claude et Lydia
Bourguignon :
Et si toutes ces tentatives devaient échouer ? Eh bien
comme le jardinage est une activité lente, contemplative, elle induit la
méditation et la philosophie. Et philosopher, c’est apprendre à mourir. Il faut
donc que nous cultivions notre jardin…
"philosopher c'est apprendre a mourir"
RépondreSupprimerj'adore, c'est tellement vrai!
notre cher papa n'aurait pas dit mieux!