Les voyages
forment la jeunesse, paraît-il. Mais c’est encore mieux s’ils ne détruisent pas
la planète… Ou du moins pas trop ! Outre un incontournable séjour en
Russie, sur lequel je reviendrai, j’ai donc mis un point d’honneur, cette
année, à organiser des « vacances proches ». Le premier épisode de
cet été près de chez nous a eu lieu en Bretagne. Certes, à presque 800 km de
Bruxelles, notre lieu de villégiature de la semaine, Perros-Guirec, n’est pas
exactement derrière le coin. Mais c’est une distance qui reste facile à couvrir
en voiture, et lorsque la voiture n’est pas gourmande et accueille quatre
passagers, on peut se dire que l’empreinte carbone reste acceptable.
Commençons par en
parler, d’ailleurs, de la voiture. Vous vous rappellerez sans doute que dévorer
des kilomètres avec une Cambio est une mauvaise idée pour le portefeuille. Bien
sûr, il reste la solution de la location à la journée ou à la semaine dans une
agence spécialisée, mais quand il y a moyen de s’arranger entre amis, c’est
encore mieux. Ainsi donc, avant que sa moitié ne dispose d’une voiture de
société, mon ami Paul avait fait l’achat d’un Citroën Cactus. Cette voiture est
aujourd’hui devenue redondante pour sa petite famille, mais sa revente ne
serait pas une bonne affaire. Qu’importe, voilà un bon deal estival : je
paye la facture du dernier entretien en date, et je dispose de la voiture pour
six semaines de suite, sans contrainte de devoir la ramener entre mes
différents voyages en France et en Belgique. Paul y récupère quelques billes,
et moi je bénéficie d’un tarif de location défiant toute concurrence. Merci,
l’ami !
La voiture en
question est l’archétype de la française moderne : bien pensée,
confortable, conviviale même… mais largement sous-motorisée, avec son
trois-cylindres 1200 cc de 82 ch. Mais qu’importe : la boîte automatique
et le cruise control incitent à une conduite détendue, idéale pour limiter la
consommation et ne pas risquer de se faire flasher à des vitesses
inavouables. Résultat : une moyenne d’un peu moins de 6 litres aux 100 km,
et la certitude que si un PV arrive dans ma boîte, il ne me coûtera pas bien
cher. Il est loin le temps où mes étés comportaient obligatoirement deux
traversées de l’Allemagne à fond de balle dans un 4x4…
Pour continuer à
limiter l’empreinte carbone, il faut aussi choisir judicieusement sa base
arrière. Depuis notre gîte « mer et campagne » à Perros-Guirec, nous
étions au calme, mais assez près du centre-ville. Nous avons donc beaucoup
marché, et lorsque nous avons pris la route, c’était pour rester dans un rayon
de 30 kilomètres, où l’on ne manquait vraiment pas de choses à voir !
Le touriste
exemplaire essaye également de consommer local, ce que nous avons fait avec
plaisir et très facilement, puisque nous avons trouvé pas mal de produits bio
et bretons, du cidre aux biscuits en passant par les fromages et les bières, et
aussi des fruits et légumes. Quelques grosses déceptions, tout de même, dont ce
moment à la poissonnerie d’Intermarché, où la poissonnière m’a fait l’article
des crevettes et de leur origine géographique : Amérique du Sud,
Madagascar, Cambodge… « Mes excuses, nos crevettes bouquet breton ne sont pas encore arrivées » a ajouté la brave
dame. Et moi de lui répondre que « mes » crevettes belges de la mer
du Nord sont envoyées pour épluchage au Maroc… et que donc je ne lui ferai pas
la morale. Enfin bref, j’avais promis des crevettes à mes troupes, et j’ai donc
fait une entorse à mes règles de bonne conduite. Pour compenser cet écart, la
même semaine, le calamar a été acheté au marché aux poissons du port, alimenté
uniquement par les pêcheurs locaux… marché où il n’y avait en effet pas de
crevettes !
Enfin, des
vacances écolos, ça passe évidemment par une sensibilisation des enfants (et
même des adultes !) aux beautés de la nature et à la nécessité de les
préserver. L’occasion se présentait ici avec la visite du musée local de la ligue
de protection des oiseaux et l’excursion en bateau dans la réserve naturelle
des Sept Iles, qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux pendant leur période
de reproduction. D’un côté, c’est un privilège de pouvoir observer ne fût-ce
qu’un bref moment les cormorans, macareux, et autres fous de bassan dans leur
milieu naturel. Et quel plaisir aussi de voir tant d’émerveillement dans les
yeux des enfants ! Mais d’un autre côté, on se demande inévitablement quel
est l’impact du tourisme sur la tranquillité des oiseaux. A quel point les
10-15 bateaux qui font incursion tous les jours dans leur refuge sont-ils pour
eux une nuisance ? Quelle part du prix d’achat du billet (15 euros par
personne en moyenne) est consacrée à leur étude et leur préservation ?
Bref, cette excursion en mer n’était pas un safari en Afrique, mais même à
cette modeste échelle, la question se pose : le meilleur service à rendre
aux animaux n’est-il pas tout simplement de ne pas s’introduire dans les
quelques espaces qu’il leur reste pour vivre ?
Par ailleurs, en
y regardant de plus près, la situation des oiseaux en Bretagne n’est pas des
plus réjouissantes. Prenons l’exemple des plus spectaculaires et appréciés par
les touristes : les fous de bassan. D’après la ligue de protection des
oiseaux, la population de fous de bassan, après des années de hausse constante,
est repartie très nettement à la baisse. Le nombre de couples qui nichent au
large de Perros-Guirec, sur l’île Rouzic, avait atteint les 22.000 en
2010-12. Nous en sommes maintenant à moins de 18.000. Mais il y a plus inquiétant
encore. L’année dernière, sur l’échantillon de 100 nids suivis au quotidien par
les chercheurs, seul 20% des jeunes étaient encore vivants fin juillet, lorsque
les parents les abandonnent à leur sort. D’habitude, ce chiffre est de l’ordre
de 80%. Au mieux, cela signifie un grave trou démographique dans cinq ans,
lorsque cette génération atteindra la maturité sexuelle. Au pire, c’est le
début d’un véritable effondrement de la colonie.
Les causes de cette
baisse dramatique sont potentiellement multiples, mais les chercheurs en
pointent au moins deux. D’une part, la pollution par le plastique. De plus en
plus, les fous de bassan ramassent pour construire ou réparer leur nid des
déchets plastiques, dont des restes de filets de pêche. Il n’est pas rare qu’ils
ingèrent une partie de ces déchets plastiques dans l’opération… Ceci vient
s’ajouter au plastique qu’ils avalent avec le poisson qu’ils mangent. … tout
comme nous, d’ailleurs ! D’autre part, le réchauffement climatique.
Celui-ci implique une augmentation de la température des eaux de surface. En
conséquence de quoi, les poissons qui sont les proies habituelles des fous de
bassan nagent un peu plus bas pour retrouver la température qui leur convient,
et les oiseaux ne les voient plus ou ont plus de mal à les attraper. Ceci
expliquerait les trajets de plus en plus longs effectués par les fous de bassan
qui nichent au large de la Bretagne pour aller trouver leurs proies. Certains
volent jusqu’à 300 – 350 km par jour, et vont pêcher au large de la Cornouaille !
Et nous, le jour
où nous serons forcés à un tel nomadisme pour trouver notre pitance, quel
pourcentage de notre progéniture survivra ?
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerLe PV n’arrivera pas dans ta boîte aux lettres, mais je ne manquerai pas de jouer au facteur pour te le faire parvenir ;-)
RépondreSupprimerà propos de nomadisme pour trouver sa pitance, je te recommande le documentaire "permaculture" qui passe au cinéma aventure -
RépondreSupprimer