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dimanche 14 juillet 2019

Vacances proches, épisode 1


Les voyages forment la jeunesse, paraît-il. Mais c’est encore mieux s’ils ne détruisent pas la planète… Ou du moins pas trop ! Outre un incontournable séjour en Russie, sur lequel je reviendrai, j’ai donc mis un point d’honneur, cette année, à organiser des « vacances proches ». Le premier épisode de cet été près de chez nous a eu lieu en Bretagne. Certes, à presque 800 km de Bruxelles, notre lieu de villégiature de la semaine, Perros-Guirec, n’est pas exactement derrière le coin. Mais c’est une distance qui reste facile à couvrir en voiture, et lorsque la voiture n’est pas gourmande et accueille quatre passagers, on peut se dire que l’empreinte carbone reste acceptable.

Commençons par en parler, d’ailleurs, de la voiture. Vous vous rappellerez sans doute que dévorer des kilomètres avec une Cambio est une mauvaise idée pour le portefeuille. Bien sûr, il reste la solution de la location à la journée ou à la semaine dans une agence spécialisée, mais quand il y a moyen de s’arranger entre amis, c’est encore mieux. Ainsi donc, avant que sa moitié ne dispose d’une voiture de société, mon ami Paul avait fait l’achat d’un Citroën Cactus. Cette voiture est aujourd’hui devenue redondante pour sa petite famille, mais sa revente ne serait pas une bonne affaire. Qu’importe, voilà un bon deal estival : je paye la facture du dernier entretien en date, et je dispose de la voiture pour six semaines de suite, sans contrainte de devoir la ramener entre mes différents voyages en France et en Belgique. Paul y récupère quelques billes, et moi je bénéficie d’un tarif de location défiant toute concurrence. Merci, l’ami !

La voiture en question est l’archétype de la française moderne : bien pensée, confortable, conviviale même… mais largement sous-motorisée, avec son trois-cylindres 1200 cc de 82 ch. Mais qu’importe : la boîte automatique et le cruise control incitent à une conduite détendue, idéale pour limiter la consommation et ne pas risquer de se faire flasher à des vitesses inavouables. Résultat : une moyenne d’un peu moins de 6 litres aux 100 km, et la certitude que si un PV arrive dans ma boîte, il ne me coûtera pas bien cher. Il est loin le temps où mes étés comportaient obligatoirement deux traversées de l’Allemagne à fond de balle dans un 4x4…

Pour continuer à limiter l’empreinte carbone, il faut aussi choisir judicieusement sa base arrière. Depuis notre gîte « mer et campagne » à Perros-Guirec, nous étions au calme, mais assez près du centre-ville. Nous avons donc beaucoup marché, et lorsque nous avons pris la route, c’était pour rester dans un rayon de 30 kilomètres, où l’on ne manquait vraiment pas de choses à voir !

Le touriste exemplaire essaye également de consommer local, ce que nous avons fait avec plaisir et très facilement, puisque nous avons trouvé pas mal de produits bio et bretons, du cidre aux biscuits en passant par les fromages et les bières, et aussi des fruits et légumes. Quelques grosses déceptions, tout de même, dont ce moment à la poissonnerie d’Intermarché, où la poissonnière m’a fait l’article des crevettes et de leur origine géographique : Amérique du Sud, Madagascar, Cambodge… « Mes excuses, nos crevettes bouquet breton ne sont pas encore arrivées » a ajouté la brave dame. Et moi de lui répondre que « mes » crevettes belges de la mer du Nord sont envoyées pour épluchage au Maroc… et que donc je ne lui ferai pas la morale. Enfin bref, j’avais promis des crevettes à mes troupes, et j’ai donc fait une entorse à mes règles de bonne conduite. Pour compenser cet écart, la même semaine, le calamar a été acheté au marché aux poissons du port, alimenté uniquement par les pêcheurs locaux… marché où il n’y avait en effet pas de crevettes !

Enfin, des vacances écolos, ça passe évidemment par une sensibilisation des enfants (et même des adultes !) aux beautés de la nature et à la nécessité de les préserver. L’occasion se présentait ici avec la visite du musée local de la ligue de protection des oiseaux et l’excursion en bateau dans la réserve naturelle des Sept Iles, qui abrite de nombreuses espèces d’oiseaux pendant leur période de reproduction. D’un côté, c’est un privilège de pouvoir observer ne fût-ce qu’un bref moment les cormorans, macareux, et autres fous de bassan dans leur milieu naturel. Et quel plaisir aussi de voir tant d’émerveillement dans les yeux des enfants ! Mais d’un autre côté, on se demande inévitablement quel est l’impact du tourisme sur la tranquillité des oiseaux. A quel point les 10-15 bateaux qui font incursion tous les jours dans leur refuge sont-ils pour eux une nuisance ? Quelle part du prix d’achat du billet (15 euros par personne en moyenne) est consacrée à leur étude et leur préservation ? Bref, cette excursion en mer n’était pas un safari en Afrique, mais même à cette modeste échelle, la question se pose : le meilleur service à rendre aux animaux n’est-il pas tout simplement de ne pas s’introduire dans les quelques espaces qu’il leur reste pour vivre ?

Par ailleurs, en y regardant de plus près, la situation des oiseaux en Bretagne n’est pas des plus réjouissantes. Prenons l’exemple des plus spectaculaires et appréciés par les touristes : les fous de bassan. D’après la ligue de protection des oiseaux, la population de fous de bassan, après des années de hausse constante, est repartie très nettement à la baisse. Le nombre de couples qui nichent au large de Perros-Guirec, sur l’île Rouzic, avait atteint les 22.000 en 2010-12. Nous en sommes maintenant à moins de 18.000. Mais il y a plus inquiétant encore. L’année dernière, sur l’échantillon de 100 nids suivis au quotidien par les chercheurs, seul 20% des jeunes étaient encore vivants fin juillet, lorsque les parents les abandonnent à leur sort. D’habitude, ce chiffre est de l’ordre de 80%. Au mieux, cela signifie un grave trou démographique dans cinq ans, lorsque cette génération atteindra la maturité sexuelle. Au pire, c’est le début d’un véritable effondrement de la colonie.

Les causes de cette baisse dramatique sont potentiellement multiples, mais les chercheurs en pointent au moins deux. D’une part, la pollution par le plastique. De plus en plus, les fous de bassan ramassent pour construire ou réparer leur nid des déchets plastiques, dont des restes de filets de pêche. Il n’est pas rare qu’ils ingèrent une partie de ces déchets plastiques dans l’opération… Ceci vient s’ajouter au plastique qu’ils avalent avec le poisson qu’ils mangent. … tout comme nous, d’ailleurs ! D’autre part, le réchauffement climatique. Celui-ci implique une augmentation de la température des eaux de surface. En conséquence de quoi, les poissons qui sont les proies habituelles des fous de bassan nagent un peu plus bas pour retrouver la température qui leur convient, et les oiseaux ne les voient plus ou ont plus de mal à les attraper. Ceci expliquerait les trajets de plus en plus longs effectués par les fous de bassan qui nichent au large de la Bretagne pour aller trouver leurs proies. Certains volent jusqu’à 300 – 350 km par jour, et vont pêcher au large de la Cornouaille !

Et nous, le jour où nous serons forcés à un tel nomadisme pour trouver notre pitance, quel pourcentage de notre progéniture survivra ?

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Le PV n’arrivera pas dans ta boîte aux lettres, mais je ne manquerai pas de jouer au facteur pour te le faire parvenir ;-)

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  3. à propos de nomadisme pour trouver sa pitance, je te recommande le documentaire "permaculture" qui passe au cinéma aventure -

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