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vendredi 1 février 2019

Le nerf de la guerre…


Cette semaine, parlons d’un sujet que d’aucuns considèrent comme tabou : Vous faites quoi de votre argent ? Vous avez des économies ? Et si oui, vous les avez investies en bourse, elles dorment sur un compte épargne, ou elles sont planquées dans un coffre ?

Personnellement, j’ai toujours répondu au profil type de l’acteur économique fainéant. Je suis entré à la CGER à 17 ans par l’intermédiaire de « Génies en herbe » (pour celles et ceux qui ne connaissent pas, allez voir sur Youtube, même s’il n’y a pas d’extrait où je joue…). Ensuite, je suis resté fidèle à ma banque depuis 25 ans, qu’elle s’appelle Fortis ou BNP au gré des fusions et rachats. D’ailleurs, les gens qui changent de banque tous les x ans pour profiter de tel ou tel avantage m’ont toujours fait bien rire !

Et donc aujourd’hui, voilà que je me décide enfin à me bouger, après toutes ces années de paresse. Pourquoi donc ?

D’abord parce que les services bancaires sont globalement, je trouve (et tout le monde autour de moi le dit), de plus en plus chers et de plus en plus mauvais. Bien sûr, vous pouvez tout faire ou presque sur Internet, mais du coup, les agences ferment en cascade, les heures d’ouverture de celles qui restent sont plus que maigres, et le personnel, bien souvent, est submergé de travail. Ne fût-ce que toucher le chèque certifié de la vente de ma voiture a été une véritable croisade. Donc, aucun intérêt (au propre comme au figuré) à rester dans une grande banque.

Ensuite, les grandes banques belges (BNP, ING, Belfius, KBC) sont toutes en dessous de tout en ce qui concerne l’éthique et la durabilité de leurs investissements. Fonds de placements nébuleux, dettes souveraines douteuses, et là-dessus encore une couche d’énergies fossiles en guise de sauce. Pas une pour rattraper l’autre sur ce plan-là non plus !

Enfin, outre le caractère peu éthique de leur gestion d’actifs, les banques du monde entier sont de plus en plus fragiles. Après la crise de 2008, où 2000 milliards de dollars ont été créés pour les renflouer aux Etats-Unis et 1700 euros en Europe, leur mode de fonctionnement ne s’est pas amélioré, il a encore empiré. Pour celles et ceux que ça intéresse, sachez d’ailleurs que de nos jours, pour créer de la masse monétaire, on ne fait plus tourner la planche à billets. On envoie juste de l’argent sous forme électronique de la banque centrale aux banques commerciales. Ce procédé porte le doux nom de « quantitative easing ». Or donc, après 2008, rien ne s’est amélioré et aujourd’hui, des économistes de tous bords parlent d’une nouvelle crise financière imminente, qui sera pire que la précédente et commencera par un krach boursier. Petit exposé simple ici.

Il n’est pas exclu cette fois que de très grosses banques soient déclarées en faillite, car leur sauvetage coûterait trop cher. L’économiste Charles Gave nous parle par exemple de la Deutsche Bank. D’où, ensuite, effet domino entre banques et répercussions sur l’économie réelle, à savoir les entreprises et les particuliers, donc vous et moi. Or, les dépôts de 100.000 euros garantis par l’État, c’est bien gentil quand ça reste de la théorie, mais en pratique, le jour où les grandes banques d’Europe seront déclarées en faillite, vous risquez fort de ne pas retrouver cet argent, comme l’explique Charles Gave dans cette même vidéo.

Donc bref (je sens que certain.e.s s’impatient), on fait quoi pour essayer de se mettre un peu à l’abri d’un prochain tsunami financier ? Eh bien, on fait d’une pierre deux coups, et on ouvre un compte dans une banque qui finance des projets durables, qui a les deux pieds dans l’économie réelle, et qui sera donc moins fragile en cas de tempête, car elle n’a pas investi dans des bulles financières. Cette banque, en Belgique, c’est Triodos, qui en plus de faire des pubs touchantes où apparaissent les copains scouts de mes enfants, est aussi de loin la plus éthique du pays. Bref, le contact est pris, il reste quelques documents à compléter, et mon compte épargne devrait être ouvert d’ici deux à trois semaines.

Seul hic, Triodos ne propose pas de compte à vue à ses clients belges, parce que « le milieu n’est pas propice » (comprenez : « la législation favorise les gros poissons au détriment des petits »). Qu’importe, j’ai découvert une autre banque qui pourrait avoir l’honneur de s’occuper prochainement de mes sous. Il s’agit de NewB, projet de banque coopérative lancé il y a 6 ans déjà. Cette année, les autorités bancaires belges devraient statuer sur la demande de cette coopérative citoyenne (50.000 petits actionnaires à 20 euros) et lui permettre ou non de lancer son activité de banque de détail. Si ça vous intéresse, jetez un œil ici. Et si le projet n’arrivait pas à terme, je serais déçu mais pas surpris… En attendant, NewB fonctionne avec un système de carte prépayée qui permet d’effectuer ses paiements électroniques. De quoi aussi vider mes comptes chez BNP, un peu chaque mois, et n’y laisser que le strict minimum.

Puisqu’on en est quand même à parler d’argent, je ne terminerai pas sans vous dire, quitte à faire très vieux jeu, que je ne crois pas au « all plastic », et « all digital ». Tant pis si ça en fait sourire certain.e.s, mais une partie de mes très modestes économies ne passera pas de BNP à Triodos, elle sera investie en cash (et pas en euros, plutôt en francs suisses, il faut être prudent), et même en or. Oui ça coûte cher, mais ça s’achète aussi au gramme non travaillé. Parce qu’au jour de la prochaine grande inflation, le cours de l’or se ne cassera pas la figure, lui… et si vous en avez à en donner comme moyen de paiement, on n’en aura pas grand-chose à faire si ce ne sont pas des belles pièces « Léopold » ou « Napoléon ». Le gramme au format carte SIM suffira bien.

Voilà pour aujourd’hui ! Si vous vous ennuyez cette semaine, vous pouvez toujours regarder aussi cette longue interview groupée de trois économistes français de haut vol, qui parlent de la situation des marchés financiers, mais aussi de la fragilité de l’euro, des dérives autoritaires en France, du manque de transparence et de démocratie des institutions européennes, etc.

Je termine la publication de cette semaine en remerciant Anya, ma dulcinée, pour son travail sur le relooking du blog et sur la mise en page. Vous pouvez désormais vous abonner en introduisant votre adresse e-mail dans la fenêtre en haut à droite. Peut-être que la convivialité s’améliorera encore si Anya a un peu de temps dans les semaines qui viennent… et que j’arrive à lui expliquer ce que je voudrais !

Je relaye aussi une initiative dans notre bataille belge pour le climat : si vous avez un peu de temps, envoyez des messages à nos quatre ministres de l’environnement sur le site www.wakeupyourministers.be pour leur dire tout le bien que vous pensez de leur (non)-politique climatique et environnementale.

Un exemple de lettre :

Mesdames les ministres, 
Messieurs les ministres,

Je m’adresse à vous aujourd’hui au sujet de la problématique climatique, souhaitant faire écho aux différentes initiatives qui surgissent dans le pays.

J’aimerais me présenter, de manière à vous convaincre du sérieux de ma démarche. J’ai 43 ans, je suis père de deux jeunes enfants, et j’enseigne le russe à L’ULB. Pendant toute ma carrière, je me suis efforcé d’ouvrir les yeux des jeunes qui fréquentent mes cours à l’importance d’avoir une démarche citoyenne, quel que soit d’ailleurs le domaine. Je sensibilise aussi déjà mes enfants (6 et 8 ans) à leur rôle de citoyen et aux enjeux environnementaux.

Aujourd’hui, Mesdames, Messieurs, la Belgique est parmi les PLUS MAUVAIS élèves de la lutte pour l’environnement. Je pense donc que la situation est extrêmement grave, vous ne pourrez pas le nier. 

Ne pensez-vous pas qu’il est grand temps de réagir? D’unifier vos efforts et de créer, pourquoi pas, un SEUL ministère ayant le réchauffement climatique comme compétence? De placer enfin cette question au PREMIER RANG de la politique belge?

Je vous remercie de m’avoir lu et vous prie de croire à mes sentiments les meilleurs.


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