Cette semaine, parlons d’un sujet que d’aucuns considèrent
comme tabou : Vous faites quoi de votre argent ? Vous avez des
économies ? Et si oui, vous les avez investies en bourse, elles dorment
sur un compte épargne, ou elles sont planquées dans un coffre ?
Personnellement, j’ai toujours répondu au profil type de l’acteur
économique fainéant. Je suis entré à la CGER à 17 ans par l’intermédiaire de « Génies
en herbe » (pour celles et ceux qui ne connaissent pas, allez voir sur Youtube,
même s’il n’y a pas d’extrait où je joue…). Ensuite, je suis resté fidèle à ma
banque depuis 25 ans, qu’elle s’appelle Fortis ou BNP au gré des fusions et
rachats. D’ailleurs, les gens qui changent de banque tous les x ans pour
profiter de tel ou tel avantage m’ont toujours fait bien rire !
Et donc aujourd’hui, voilà que je me décide enfin à me
bouger, après toutes ces années de paresse. Pourquoi donc ?
D’abord parce que les services bancaires sont globalement,
je trouve (et tout le monde autour de moi le dit), de plus en plus chers et de
plus en plus mauvais. Bien sûr, vous pouvez tout faire ou presque sur Internet,
mais du coup, les agences ferment en cascade, les heures d’ouverture de celles
qui restent sont plus que maigres, et le personnel, bien souvent, est submergé
de travail. Ne fût-ce que toucher le chèque certifié de la vente de ma voiture
a été une véritable croisade. Donc, aucun intérêt (au propre comme au figuré) à
rester dans une grande banque.
Ensuite, les grandes banques belges (BNP, ING, Belfius, KBC)
sont toutes en dessous de tout en ce qui concerne l’éthique et la durabilité de
leurs investissements. Fonds de placements nébuleux, dettes souveraines
douteuses, et là-dessus encore une couche d’énergies fossiles en guise de
sauce. Pas une pour rattraper l’autre sur ce plan-là non plus !
Enfin, outre le caractère peu éthique de leur gestion d’actifs,
les banques du monde entier sont de plus en plus fragiles. Après la crise de
2008, où 2000 milliards de dollars ont été créés pour les renflouer aux Etats-Unis
et 1700 euros en Europe, leur mode de fonctionnement ne s’est pas amélioré, il a
encore empiré. Pour celles et ceux que ça intéresse, sachez d’ailleurs que de
nos jours, pour créer de la masse monétaire, on ne fait plus tourner la planche
à billets. On envoie juste de l’argent sous forme électronique de la banque
centrale aux banques commerciales. Ce procédé porte le doux nom de « quantitative
easing ». Or donc, après 2008, rien ne s’est amélioré et aujourd’hui, des
économistes de tous bords parlent d’une nouvelle crise financière imminente,
qui sera pire que la précédente et commencera par un krach boursier. Petit
exposé simple ici.
Il n’est pas exclu cette fois que de très grosses banques
soient déclarées en faillite, car leur sauvetage coûterait trop cher. L’économiste
Charles Gave nous parle par exemple de la Deutsche Bank. D’où,
ensuite, effet domino entre banques et répercussions sur l’économie réelle, à
savoir les entreprises et les particuliers, donc vous et moi. Or, les dépôts de
100.000 euros garantis par l’État, c’est bien gentil quand ça reste de la théorie,
mais en pratique, le jour où les grandes banques d’Europe seront déclarées en
faillite, vous risquez fort de ne pas retrouver cet argent, comme l’explique Charles
Gave dans cette même vidéo.
Donc bref (je sens que certain.e.s s’impatient), on fait
quoi pour essayer de se mettre un peu à l’abri d’un prochain tsunami financier ?
Eh bien, on fait d’une pierre deux coups, et on ouvre un compte dans une banque
qui finance des projets durables, qui a les deux pieds dans l’économie réelle,
et qui sera donc moins fragile en cas de tempête, car elle n’a pas investi dans
des bulles financières. Cette banque, en Belgique, c’est Triodos, qui en plus
de faire des pubs touchantes
où apparaissent les copains scouts de mes enfants, est aussi de loin la plus éthique du pays. Bref, le contact est
pris, il reste quelques documents à compléter, et mon compte épargne devrait être
ouvert d’ici deux à trois semaines.
Seul hic, Triodos ne propose pas de compte à vue à ses
clients belges, parce que « le milieu n’est pas propice » (comprenez :
« la législation favorise les gros poissons au détriment des petits »).
Qu’importe, j’ai découvert une autre banque qui pourrait avoir l’honneur de s’occuper
prochainement de mes sous. Il s’agit de NewB,
projet de banque coopérative lancé il y a 6 ans déjà. Cette année, les
autorités bancaires belges devraient statuer sur la demande de cette
coopérative citoyenne (50.000 petits actionnaires à 20 euros) et lui permettre
ou non de lancer son activité de banque de détail. Si ça vous intéresse, jetez
un œil ici.
Et si le projet n’arrivait pas à terme, je serais déçu mais pas surpris… En
attendant, NewB fonctionne avec un système de carte prépayée qui permet d’effectuer
ses paiements électroniques. De quoi aussi vider mes comptes chez BNP, un peu
chaque mois, et n’y laisser que le strict minimum.
Puisqu’on en est quand même à parler d’argent, je ne terminerai
pas sans vous dire, quitte à faire très vieux jeu, que je ne crois pas au « all
plastic », et « all digital ». Tant pis si ça en fait sourire
certain.e.s, mais une partie de mes très modestes économies ne passera pas de
BNP à Triodos, elle sera investie en cash (et pas en euros, plutôt en francs
suisses, il faut être prudent), et même en or. Oui ça coûte cher, mais ça s’achète
aussi au gramme non travaillé. Parce qu’au jour de la prochaine grande inflation,
le cours de l’or se ne cassera pas la figure, lui… et si vous en avez à en donner
comme moyen de paiement, on n’en aura pas grand-chose à faire si ce ne sont pas
des belles pièces « Léopold » ou « Napoléon ». Le gramme au
format carte SIM suffira bien.
Voilà pour aujourd’hui ! Si vous vous ennuyez cette
semaine, vous pouvez toujours regarder aussi cette longue interview groupée
de trois économistes français de haut vol, qui parlent de la situation des
marchés financiers, mais aussi de la fragilité de l’euro, des dérives
autoritaires en France, du manque de transparence et de démocratie des
institutions européennes, etc.
Je termine la publication de cette semaine en remerciant
Anya, ma dulcinée, pour son travail sur le relooking du blog et sur la mise en
page. Vous pouvez désormais vous abonner en introduisant votre adresse e-mail dans
la fenêtre en haut à droite. Peut-être que la convivialité s’améliorera encore
si Anya a un peu de temps dans les semaines qui viennent… et que j’arrive à lui
expliquer ce que je voudrais !
Je relaye aussi une initiative dans notre bataille belge
pour le climat : si vous avez un peu de temps, envoyez des messages à nos quatre ministres de l’environnement sur le
site www.wakeupyourministers.be pour leur dire tout le bien que
vous pensez de leur (non)-politique climatique et environnementale.
Un exemple de lettre :
Mesdames
les ministres,
Messieurs
les ministres,
Je
m’adresse à vous aujourd’hui au sujet de la problématique climatique,
souhaitant faire écho aux différentes initiatives qui surgissent dans le pays.
J’aimerais
me présenter, de manière à vous convaincre du sérieux de ma démarche. J’ai 43 ans,
je suis père de deux jeunes enfants, et j’enseigne le russe à L’ULB. Pendant
toute ma carrière, je me suis efforcé d’ouvrir les yeux des jeunes qui fréquentent
mes cours à l’importance d’avoir une démarche citoyenne, quel que soit
d’ailleurs le domaine. Je sensibilise
aussi déjà mes enfants (6 et 8 ans) à leur rôle de citoyen et aux enjeux environnementaux.
Aujourd’hui,
Mesdames, Messieurs, la Belgique est parmi les PLUS MAUVAIS élèves de la lutte
pour l’environnement. Je pense donc que la situation est extrêmement grave, vous
ne pourrez pas le nier.
Ne
pensez-vous pas qu’il est grand temps de réagir? D’unifier vos efforts et de
créer, pourquoi pas, un SEUL ministère ayant le réchauffement climatique comme
compétence? De placer enfin cette question au PREMIER RANG de la politique
belge?
Je
vous remercie de m’avoir lu et vous prie de croire à mes sentiments les
meilleurs.
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