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mercredi 13 février 2019

Carte Blanche !


Faut-il forcément "être quelqu'un" pour écrire dans le journal ? Non, la preuve, un modeste petit maître assistant sans aucune publication scientifique (ou presque) peut voir sa proposition de carte blanche acceptée par "Le Soir", un des deux plus grands quotidiens de Belgique francophone. 

Texte ci-dessous... ou dans le journal ! : https://plus.lesoir.be/206259/article/2019-02-12/fonctionnaires-ue-et-bataille-du-climat-un-role-historique 

Fonctionnaires UE et bataille du climat, un rôle historique ?

Les fonctionnaires européens ont parfois encore mauvaise presse auprès des Bruxellois. Et pourtant, il est loin le temps où l’eurocrate arborait fièrement sa plaque minéralogique bleue et se cantonnait dans les plus beaux quartiers d’où il toisait la populace de la capitale. Aujourd’hui, les quelques 30.000 fonctionnaires habitent aussi à Schaerbeek, à Saint-Gilles, à Anderlecht. Ils vont voter aux élections communales, ils font partie du tissu associatif local, ils sont de plus en plus nombreux à envoyer leurs enfants dans les établissements scolaires du cru plutôt que dans « leurs » écoles européennes. Et c’est donc en toute logique que ces citoyens impliqués se retrouvent aussi dans les rangs des marcheurs pour le climat : ils arborent les drapeaux de leurs États membres pour renforcer le caractère éminemment international de cette cause, et en passant dans le quartier des Institutions, ils en appellent avec tout le monde « à l’Europe »… devant leurs propres bureaux ! Belle intégration dans la société civile locale, mais justement, ces fonctionnaires ne pourraient-ils pas faire mieux en se singularisant ?

Une belle carte à jouer
En effet, même s’il est nécessaire d’entretenir dans la durée les mobilisations nationales, notre bataille du climat se joue avant tout au niveau européen. Et c’est précisément là que les fonctionnaires européens ont peut-être un rôle-clé à jouer. Ils sont le bras administratif d’un pouvoir politique multiforme (Commission, Conseil, Parlement) qu’ils pourraient interpeler directement. Inutile, pour se faire entendre, de déclarer une grève au finish et de s’enchaîner aux arbres du Parc Léopold. Non, probablement qu’un arrêt de travail massif d’une demi-journée par semaine suffirait, à l’instar des manifestations étudiantes du jeudi, elles aussi « sectorielles ». Si les revendications sont claires, bien formulées, il y a peu de chances que les fonctionnaires soient mal compris, et leur mouvement devrait recevoir une couverture positive dans les médias. Profitant de cet écho médiatique, ils pourraient ensuite appeler les fonctionnaires nationaux de tous les pays membres à faire de même chez eux, à mettre la pression sur leurs gouvernements en débrayant une fois par semaine. Car après tout, ce sont les chefs d’États et de gouvernements qui continuent à donner les grandes lignes de la politique de l’UE. Pour espérer gagner la bataille, il faut donc coordonner les actions du centre et de toutes les périphéries.

Un plan concret, réaliste, ça existe déjà !
Admettons que cet appel soit entendu et que les fonctionnaires européens voient la valeur ajoutée de cette action sectorielle et collective. Quelles revendications pourraient-ils porter ? C’est à eux d’en décider, et une copie de cette carte blanche sera d’ailleurs envoyée à leurs principaux syndicats. Mais j’oserais quand même une suggestion. Un plan d’action climatique européen à la fois ambitieux et réaliste, il en existe un. Il s’agit du Pacte Finance Climat, projet lancé par Anne Hessel (docteur en médecine), Jean Jouzel (climatologue) et Pierre Larrouturou (économiste). Ce projet est soutenu par des dizaines de scientifiques, économistes, élus politiques, et autres personnages publics. Il a de nombreuses fois été relayé par la presse, y compris dans les colonnes de ce journal. Son principe est simple : consentir à de la création monétaire (comme ce fut le cas pour sauver les banques en 2008), mais investir cet argent dans un véritable plan Marshall de la transition énergétique européenne. Les auteurs de l’appel parlent de mille milliards, soit deux fois moins que pour sauver les banques il y a dix ans. Il faudrait au moins cela, d’après la Cour des Comptes européenne, pour que l’UE ait une chance de respecter ses engagements de lutte contre le réchauffement climatique. Engagements que l’UE s’est fixée elle-même, qui sont encore insuffisants d’après les climatologues, mais qui n’ont encore été suivis d’aucune mise en pratique de grande envergure. On parle donc ici d’utiliser des mécanismes économiques rôdés, de rester dans les clous « du système » et de favoriser une certaine forme de relance, de croissance verte. Rien de révolutionnaire en soi, rien qui ne puisse être revendiqué « raisonnablement »…

Donnez l’impulsion !
Il faut parfois peu de choses pour qu’un mouvement citoyen prenne de l’ampleur et arrive à faire accepter ses revendications. Dans la bataille du climat, nous sommes peut-être près d’aboutir, d’obliger nos décideurs à abandonner enfin leur vision court-termiste. Les 21 et 22 mars prochains aura lieu le prochain sommet européen. Cela nous laisse six semaines pour agir. Six semaines pendant lesquelles les fonctionnaires européens pourraient se mobiliser, montrer l’exemple aux fonctionnaires des États membres, les fédérer à distance. Six semaines pour donner une impulsion décisive, essayer de sortir nos dirigeants européens et nationaux de leur indécision, de leur torpeur. Six semaines pour relancer l’Europe aussi, car elle est cruellement en panne de projets, déconnectée du citoyen, et les élections du mois de mai prochain ne s’annoncent vraiment bien que pour les eurosceptiques…

Mesdames et messieurs les fonctionnaires européens, passez de l’action individuelle à l’action collective ! Dans cette bataille du climat, vous avez les bonnes cartes en main pour agir en catalyseur. Ne laissez pas passer cette chance historique !


2 commentaires:

  1. Cher Ami, quelques réflexions tous azimuts... Afin de toucher les fonctionnaires européens, ne serait-il pas judicieux de considérer que ceux-ci pratiquent peu ou pas du tout la langue de Baudelaire ? Celle de Shakespeare me semble bien entendu plus appropriée. Nous en avons déjà parlé, je m’en souviens, et c’est faute de temps que tes articles ne sont disponibles qu’en français. Mais s’il est question de donner des conseils afin que les uns et les autres se donnent les moyens de se bouger les fesses, je t’invite à faire de même, si tant est que tu veux toucher cette portion de la population. Portion de population qui d’ailleurs -c’est à ce moment que je secoue le cocotier, juste histoire de voir les réactions, ce n’est que de la gentille provocation- justifie son soutien à l’environnement au volant d’un f-pace électrique ou tout autre véhicule pseudo écologique à 5 chiffres et plus encore...
    Et pas de fausse modestie, j’aime lire tes articles qui ne me font pas piquer les yeux, au contraire de ceux de certains journaleux... Je ne pense pas que n’importe qui peut accéder à ce type d’information, sa mise en pratique et s’en revendiquer.

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  2. Bonjour cher Ami Anonyme !

    Merci pour le commentaire et désolé pour le temps de réponse.
    Bien sûr, pour toucher un maximum de monde, l'anglais est toujours préférable au français. Mais je pense malgré tout qu'on n'est jamais aussi convaincant que dans une langue qu'on maîtrise vraiment bien. Et par ailleurs, oui, il y a la question du temps. Enfin, quel site d'information "sérieux" aurait accepté de publier la carte blanche en anglais (terne) d'un illustre inconnu ? Je pense que j'avais plus de chance de me faire entendre en restant local.
    Le plus important, c'est peut-être d'ailleurs que j'ai été (un tout petit peu) entendu. Le responsable politique du plus grand syndicat des fonctionnaires européens m'a contacté, et nous nous sommes promis de tâcher de faire progresser les choses avec nos modestes moyens. Il est Italien, et son français n'est sans doute pas meilleur que mon anglais. Comme quoi, pour se comprendre, il faut surtout de la bonne volonté !

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