Ante-scriptum : Je vais peut-être lancer une newsletter. En attendant, si vous voulez en recevoir une "faite à la main", manifestez votre intérêt (si ce n'est déjà fait) en m'écrivant à mon adresse "dédiée" : unhomme.unetransition@gmail.com
Commençons tout de suite par un endroit où ça fait mal (il y en aura plusieurs…), à savoir : « Comment réaliser une transition écologique alors que l’on entretient une relation à distance avec une demoiselle qui habite à 2000 km ? ». La réponse peut tenir en un mot : « Difficilement ».
Ladite question m’a bien évidemment amené à réfléchir sur mes voyages en avion et sur les mécanismes dits « de compensation carbone ». Le principe est le suivant : afin de réduire l’impact environnemental de vos activités générant une forte empreinte carbone, vous faites un don à une ONG. Le plus souvent, ce don sert à financer des programmes de reforestation, ou encore à améliorer le quotidien des populations, qui, au jour le jour, souffrent déjà le plus du réchauffement climatique.
C’est mon ami Georges (que je salue au passage), qui m’a le premier parlé de l’une de ces ONG, dont il est donateur fréquent. Hélas, le site qu’il me renseigne est pour le moment hors de combat, les activités de l’association étant suspendues (https://co2solidaire.org). Bizarre, bizarre…
Je devrai donc trouver un autre relais pour calculer mon empreinte carbone et verser des dons. A propos de ces derniers, je ferai d’ailleurs preuve de prudence, en ne mettant pas tous mes œufs dans le même panier. La corruption et les malversations n’épargnent aucun secteur…
Je trouve mon bonheur sur le site suisse https://co2.myclimate.org. Enfin, quand je dis bonheur… Étant donné que je ne fais jamais les choses à moitié, et que j’ai l’intention de compenser TOUS mes voyages en avion depuis le premier, la fastidieuse opération de calcul me donne rapidement la nausée. Je vous passe les détails, mais entre mon premier voyage au Sénégal il y a tout juste 27 ans et mon dernier vol vers Saint-Pétersbourg, d’où j’écris ceci, mon bilan personnel est de 3 tours de la Terre (122.700 km) et 27,35 tonnes de CO2, le tout menant à une compensation de 650 euros. J’ai inclus dans mes comptes les voyages faits avec mes enfants, les deux quand c’était après mon divorce, un seul quand c’était avant. Tant que j’y suis, j’ai aussi calculé l’empreinte carbone de ma dulcinée, qui fait déjà l’effort d’acheter de temps à autre un billet d’avion elle-même, alors que son « pouvoir d’achat international » (je me comprends) est sensiblement inférieur au mien. Nous en sommes là à des chiffres beaucoup plus modestes : 18.800 km, 4,05 tonnes de CO2, soit 97 euros de compensation, que je lui « offrirai ». Cadeau romantique, n’est-il pas ?
Bon, après avoir pris cette grande claque en pleine figure, on fait quoi ? Je vais passer à la caisse, bien sûr, même si, non, je n’ai pas gagné au Lotto. D’ailleurs, penserez-vous, je le sors d’où cet argent ? Eh bien je peux me permettre de le donner sans trop réfléchir parce que je me suis tout récemment séparé de ma voiture (sneak preview sur le post de la semaine prochaine). La première somme versée aujourd’hui correspond à la taxe de circulation 2019 que je n’ai pas payée et la suite ne sera qu’une fraction des frais fixes mensuels que je n’ai plus.
Mais avant de passer à la caisse, quelques considérations semi-philosophiques, que je me ferai le plaisir de partager avec vous. Après tout, c’est bien le but de ce blog aussi, non ?
Tout d’abord, cette grande opération d’auto-flagellation publique a au moins le mérite de remettre les choses en perspective. En 27 ans depuis mon premier voyage en avion, j’ai probablement accumulé, rien que pour ce poste du transport aérien, une empreinte carbone supérieure à celle de mes 4 grands-parents réunis, et très certainement aussi, en poussant plus loin cette logique étrange, à celle de mes 8 arrière-grands-parents. Et à l’autre bout du spectre, il y a les « happy few » de la « jet set », qui seraient bien en mal de se rappeler tous leurs trajets en avion, professionnels et privés, et qui n’ont de toute façon aucune intention de compenser quoi que ce soit…
Pour ce qui est de la compensation elle-même, ces 750 euros cumulés de dons, cela peut-il réellement faire bouger les choses ? Oui et non… C’est-à-dire que c’est évidemment mieux que de ne rien faire, mais je ne suis pas complètement naïf non plus. Je vous renvoie à différentes sources ci-dessous, mais sachez en tout cas que la reforestation est la forme de géo-ingénierie qui fonctionne plutôt « le moins mal » que « le mieux ». Pourquoi ? Parce que pour qu’une forêt soit un véritable « puits de carbone », il faut qu’elle soit vieille, que son feuillage soit plutôt de couleur claire (les grandes surfaces de conifères, avec leur couleur foncée, attirent davantage la chaleur solaire), et surtout il faut que ce soit une forêt à forte biodiversité, (presque) laissée à elle-même, gérée de loin mais pas exploitée par l’homme. Bref, planter en rangées des pins à pousse rapide comme on le fait souvent en Europe pour reboiser, ça peut servir à beaucoup de choses, mais pas à capturer du carbone !
Reste alors la solution du reboisement (ou tout simplement de la protection forestière) dans les régions tropicales où la forêt est menacée : Amazonie, Afrique centrale, Asie du Sud-Est. C’est mieux, mais quel peut être le poids des ONG dans ces pays-là face à des gouvernements corruptibles si pas corrompus, et des grands groupes industriels qui veulent tout raser pour élever des bœufs ou produire de l’huile de palme ? Attention, je n’ai pas dit néanmoins que je vais renoncer à mes dons, mais disons que je les verse un peu comme on jette une bouteille à la mer.
Et pourtant, malgré ce réalisme désillusionné, je vous encourage toutes et tous à suivre mon exemple. Parce que même si mon don a des allures de rite sacrificiel, il a plus qu’un impact environnemental. Le premier impact est psychologique, bien sûr : je vais y réfléchir à deux fois, avant de prendre l’avion, et je ne le ferai plus pour simple raison de confort (c’est tout de même plus rapide) ou d’envie consumériste (un petit week-end avec Ryanair, c’est pas cher !). Le deuxième impact est économique : ces 750 euros, je ne les dépenserai pas à acheter quoi que ce soit d’inutile, ou à fournir à ma banque un capital que je ne suis vraiment pas sûr de retrouver au prochain krach financier (c’est pour bientôt). Le troisième impact ne dépend que de « nous tous », c’est-à-dire de vous un peu aussi (sans trop vous mettre la pression…) : si tous ceux qui en ont objectivement les moyens faisaient la même démarche, les ONG de reforestation se retrouveraient avec suffisamment de fonds pour être plus efficaces : acheter plus de terrain, tenir tête aux gouvernements et industriels dans les cours et tribunaux, etc.
Allez, sur ce c’en est fini de gloser, je paye une première partie de l’addition, et j’en profite pour vous renseigner quelques sites d’ONG :
70 euros à WeForest (https://www.weforest.org/)
40 euros à Jane Goodall Institute Belgium (https://www.janegoodall.be)
60 euros à Planète Urgence (https://planete-urgence.org)
30 euros à Reforest’Action (https://www.reforestaction.com)
40 euros à myclimate (https://www.myclimate.org)
Soit 240 euros, et encore 30 euros par mois sous forme d’ordre(s) permanent(s) pendant 17 mois pour les 510 restants. Pour ces ordres permanents, des idées quelqu’un ? Je suis preneur !
Merci à tout le monde de m’avoir lu cette semaine, voici encore comme promis quelques liens :
- Peut-on compter sur notre vaste couverture forestière européenne pour remplir nos objectifs en matière de réduction des gaz à effet de serre ? Hélas non : maximiser son potentiel de séquestration carbone aboutirait à de nombreux effets pervers annulant son action bénéfique : https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/environnement-europe-forets-ne-pourront-pas-freiner-rechauffement-31024/
- L’équipe de Data Gueule nous parle de géo-ingénierie : https://www.youtube.com/watch?v=DOUTXdsWU3Yet de déforestation : https://www.youtube.com/watch?v=9LC0IyZg2nk
- Axel Lattuada de « Et tout le monde s’en fout » aborde le sujet des arbres avec son humour au vitriol habituel : https://www.youtube.com/watch?v=VzaOlaYyCmw
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