Entre deux sauts de puce sur notre carte d’Europe, l’étape
incontournable de mon été était bien évidemment la Russie. Quand on a une
amoureuse « exotique », il faut assumer ! L’étape était d’autant
plus importante cette année que je ne me suis pas contenté d’aller effleurer
l’empire en déambulant dans les avenues de Saint-Pétersbourg. Non
m’sieurs’dames, je me suis enfoncé loin dans la Russie d’Europe, pour aller
rencontrer les parents de ma promise. Je rassure mon lecteur écosensible (sinon
il n’a rien à faire ici !) : mon empreinte carbone n’a pas explosé
pour autant, car après Moscou, c’est en train-couchette qu’Anya et moi avons
rejoint la République de Mari-El, voisine de la Tchouvachie et de l’Oudmourtie.
Et oui, ces républiques russes existent vraiment, elles ne sont pas sorties
d’un épisode de Tintin dont vous ignoriez l’existence !
Le train-couchette, en Russie, c’est un art de vivre, de
cohabiter à 4 passagers dans un « coupé » pour une nuit, une journée,
ou plus si affinités ! Pour info, notre aller-retour (13-14h par trajet),
acheté bien à l’avance, nous a coûté 70 euros par personne. Qui dit
mieux ? Et pour une autre fois, qui sait, si le calendrier et le budget le
permettent, nous avons repéré un train-couchette qui relie Berlin à Moscou en
24h. Dommage tout de même qu’en Russie, les trains de longue distance soient
tous tirés par des locos à moteur diesel. Mais d’un autre côté, électrifier le
réseau entier d’un pays de 17 millions de kilomètres carrés, ça semble peu
réaliste…
Et qu’y a-t-il donc à faire, à Ruem, village satellite de
Yoshkar-Ola, capitale de la république de Mari-El ? Eh bien pas
grand-chose, pour être honnête, mais c’est parfois pas mal, des vacances au
milieu de la pampa ! Outre un peu de tourisme dans le centre de Yoshkar-Ola
et la prise de contact avec la famille de ma dulcinée, je me suis donc
considéré en stage d’observation à la campagne, ou plus précisément en milieu
semi-rural. Le principal centre d’intérêt quotidien a été le potager et verger
des parents d’Anya, qui occupe l’essentiel de leur terrain (un carré de 50-60
mètres de côté, à vue de nez).
Bien entendu, en une semaine, on imagine mal le travail
nécessaire pour entretenir un espace pareil, depuis les amendements et semis au
printemps jusqu’à la préparation à l’hivernage en octobre. Mais toujours est-il
que le résultat est remarquable vu les moyens investis (ces gens travaillent,
ils ne passent tout de même pas leur vie au jardin !) Au rayon fruits, on
a pêle-mêle des pommes, des prunes, de petites cerises griottes, des groseilles
rouges, des framboises, des groseilles à maquereaux, du cassis, des mûres… Bien
sûr, les récoltes varient d’une année à l’autre, mais il arrive, pour certains
fruits, qu’il faille vendre ou donner pour éviter qu’une bonne partie ne
pourrisse sur place. C’est le cas des framboises et des pommes notamment. Enfin
ça, c’est la réalité d’aujourd’hui, parce que dans les années 90, quand le
potager était rentabilisé jusqu’au moindre mètre carré et représentait la
principale source de nourriture de la famille, il était exclu de perdre quoi
que ce soit, et les pots de confiture et compote, les bouteilles de jus, sirop
et alcool s’accumulaient par centaines et s’échangeaient entre voisins et amis.
Du côté des légumes, la part belle est faite aux grands
classiques de la cuisine slave : choux, carottes, oignons, pommes de
terre. Mais en plus de ces légumes de conservation longue, le potager réserve
une place à ceux de consommation plus immédiate, pour se faire plaisir en
été : tomates et concombre (sous serre), salades en tout genre, courgettes,
ciboulette… et quelques herbes aromatiques pour accompagner agréablement tout
ça, dont l’incontournable aneth, essentielle en cuisine russe, que je me suis
surpris à manger en brins frais dès le petit-déjeuner ! A propos de
petit-déjeuner, si vous trouviez que l’inventaire qui précède manque un peu de
protéines, vous pouvez encore compter sur le lait des chèvres du voisin pour
agrémenter votre café ou vous faire du yaourt. Et quand il ne sait plus quoi
faire des œufs de ses poules, le même voisin les offre généreusement
aussi !
Le même style de jardin d’Eden se retrouve 4-5 km plus loin,
mais il appartient cette fois aux grands-parents maternels de ma chérie, qui,
outre leur potager, y ont un chalet campagnard équipé d’un « banya »
(la version russe du sauna), ainsi qu’une toilette sèche extérieure et une
cabine de douche extérieure alimentée à l’eau de pluie. S’il a plu, la balade
dans les bois s’impose pour aller chercher des champignons, et rien n’empêche
non plus de titiller le poisson (sans succès, en ce qui nous concerne…) dans le
petit étang attenant au terrain.
Voilà pour le côté idyllique de ces vacances à la campagne.
C’est certes un peu loin pour organiser des retraites (presque) hors
civilisation, mais ce n’est pourtant pas l’envie qui manque ! Reste que
rien n’est jamais parfait, et qu’il faut bien souligner aussi quelques aspects
moins enchanteurs que j’ai remarqués lors de mon séjour. Tout comme en ville,
les locaux ont tendance à croire que les détritus quels qu’ils soient sont
biodégradables en un clin d’oeil. En allant vous balader dans les bois, vous
trouverez donc aussi, hélas, pas mal de « résidus de civilisation »
jetés négligemment au bord des sentiers. Ce manque de respect pour le bien
commun doublé d’un court-termisme affligeant se marque aussi au niveau du
réseau routier, en piteux état. Les routes sont parfois de tel gruyère que
notre réseau belge aurait l’air idéal en comparaison. Pourtant ,que
coûterait-il d’effectuer plus fréquemment des réparations, ou de poser un
macadam de haute qualité résistant aux grandes différences thermiques ?
Quel pourcentage de la corruption dans le pays, ou du budget de l’armée, ou des
cadeaux fiscaux aux grandes entreprises pétrolières, pour « offrir »
à la population des routes secondaires en état décent ?
Le même genre de remarque vaut pour les immeubles à
appartements. Alors que des immeubles flambants neufs poussent aujourd’hui
comme des champignons après la pluie, les plus anciens ne semblent tenir debout
que par la force de l’habitude. Bien sûr, les premiers sont construits par des
promoteurs privés, alors que ce sont de modestes coopératives ou les autorités
publiques qui manquent de fonds pour restaurer les seconds. Mais tout de même,
le contraste fait mal aux yeux, et fait d’ailleurs l’objet de débats publics
récurrent en Russie… sans pour autant que les fonds du logement régionaux ne
soient renfloués. Autre indice qui ne trompe pas : à Yoshkar-Ola, les
transports en commun sont quasiment inexistants ! Il reste un parc de
trolleybus dans un état calamiteux, et pour le reste, les autorités se sont
contentées de prévoir un cadre légal pour l’activité des exploitants privés de
« marchroutki », des minibus privés qui assurent les transport
collectifs… Bref, plus encore à la campagne qu’à la ville, le célèbre quatrain
de l’écrivain Fiodor Tiouttchev reste criant de vérité :
On ne peut pas comprendre la Russie par l'esprit,
Ni la mesurer avec des outils de mesures habituels
Elle est d'une nature si particulière,
Qu'en elle, on ne peut que croire.
Merci pour ce chouette post ! Tout est vrai malheureusement et heureusement en même temps... J'espère que tu veux encore revenir !
RépondreSupprimerPour tout ce qui est bio/eco encore : blablacar est quand même un bon compromis pour les voyageurs, comme ça la voiture est bien pleine. On a bien rempli la voiture avant la banya aussi, hein ! En plus les déchets alimentaires vont au compost depuis toujours. Mais pas chez tout le monde...les citadins sont encore complètement ignorants.